Afrique du Sud au G20 : Paris prend position, mais qui défend vraiment la souveraineté africaine ?

Alors que l’administration Trump tente d’exclure l’Afrique du Sud des réunions officielles du G20, la France a choisi de réaffirmer son soutien à la participation de Pretoria au sein du groupe. Une posture diplomatique qui mérite d’être lue avec lucidité : entre geste de solidarité et calcul géopolitique, l’Afrique reste trop souvent l’objet des manoeuvres des puissances étrangères plutôt que le sujet de sa propre destinée.

Une exclusion politiquement motivée

L’affaire est révélatrice des tensions qui traversent l’ordre mondial. Selon des informations relayées par Africanews, l’administration américaine sous Donald Trump aurait cherché à marginaliser l’Afrique du Sud au sein du G20, en l’écartant de certaines réunions officielles du groupe. En cause, selon toute vraisemblance, les positions indépendantes adoptées par Pretoria sur la scène internationale : son refus de condamner la Russie après l’invasion de l’Ukraine, son recours à la Cour internationale de Justice pour dénoncer le génocide à Gaza, ou encore ses relations assumées avec des acteurs du Sud Global que Washington considère comme adversaires.

L’Afrique du Sud est pourtant membre à part entière du G20, ce forum qui rassemble les vingt économies les plus importantes de la planète. À ce titre, elle dispose d’un droit inaliénable à participer à l’ensemble des réunions du groupe. C’est précisément ce que l’ambassadeur de France, David Martinon, a tenu à rappeler ce mardi, réaffirmant la position de Paris : tout membre du G20 doit pouvoir siéger à toutes les tables officielles du groupe, sans discrimination.

La France en soutien : entre principe et intérêt

Le geste français ne saurait être lu de manière naïve. Paris, dont les relations avec l’Afrique traversent une crise de légitimité profonde — illustrée par les revers militaires et diplomatiques au Sahel, au Mali, au Burkina Faso et au Niger — a tout intérêt à se repositionner comme un partenaire respectueux de la souveraineté africaine. Soutenir Pretoria face aux pressions américaines est, dans ce contexte, autant un acte de principe qu’un signal envoyé à l’ensemble du continent.

Il n’en reste pas moins que la position française, quelle qu’en soit la motivation, converge objectivement avec les intérêts de l’Afrique du Sud et, plus largement, avec le principe d’égalité souveraine des nations. Rejeter une puissance africaine d’un forum multilatéral au motif qu’elle refuse l’alignement sur les positions occidentales constituerait un précédent dangereux, qui rappelle les mécanismes d’exclusion et de punition collective que le continent a subis tout au long de l’ère coloniale et postcoloniale.

Pretoria, fer de lance d’une diplomatie africaine indépendante

L’Afrique du Sud incarne, avec ses contradictions, une certaine idée de la souveraineté africaine. Depuis la fin de l’apartheid, Pretoria a construit une politique étrangère qui refuse la vassalité. Sa participation active aux BRICS, son rôle dans l’Union africaine, et sa décision historique de saisir la CIJ contre Israël au nom du peuple palestinien ont fait de l’Afrique du Sud un acteur incontournable de la diplomatie du Sud Global.

Cette posture lui vaut l’hostilité des Etats-Unis sous Trump, qui ont par ailleurs suspendu une partie de leur aide au pays, notamment dans le cadre de l’AGOA, le programme commercial préférentiel liant Washington aux pays africains. La tentative d’exclusion du G20 s’inscrit dans cette logique de pression et de rétorsion, que les peuples africains connaissent bien pour l’avoir subie sous des formes variées depuis des décennies.

Un signal pour l’ensemble du continent

Au-delà du cas sud-africain, c’est un signal fort qui est adressé à l’ensemble du continent africain : toute nation qui oserait sortir du rang, contester l’ordre établi par les puissances occidentales ou nouer des alliances avec le monde arabe, l’Iran, la Russie ou la Chine, s’expose à des représailles diplomatiques et économiques. Cette logique de punition est celle que l’Algérie a elle-même affrontée tout au long de sa lutte de libération nationale, et qu’elle continue d’observer avec vigilance dans les relations internationales contemporaines.

La solidarité entre nations africaines, et plus largement entre peuples du Sud, n’a jamais été aussi nécessaire. Que ce soit dans les enceintes du G20, de l’ONU ou de l’Union africaine, l’Afrique doit peser de tout son poids pour que la souveraineté ne reste pas un mot vide de sens. L’enjeu, pour les prochaines décennies, est de savoir si le continent sera en mesure de transformer ses positions de principe en rapports de force concrets, capables d’imposer le respect là où la diplomatie de la supplication a trop longtemps prévalu.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.