Une semaine après une fusillade qui a coûté la vie à une trentaine de personnes, les chrétiens de Jos, capitale de l’État du Plateau au centre du Nigeria, ont célébré Pâques dans une atmosphère lourde d’angoisse et d’incertitude. Les rues désertes et les bancs d’église à moitié vides témoignent d’une communauté meurtrie, prise en étau entre sa foi et la peur de nouveaux violences.
Une ville sous tension après le drame
Les images contrastent douloureusement avec la ferveur habituelle des célébrations pascales. À Jos, ville connue pour sa population majoritairement chrétienne dans un Nigeria profondément divisé entre le Nord à dominante musulmane et le Sud à majorité chrétienne, les fidèles ont cette année hésité à rejoindre leurs lieux de culte. Selon des informations relayées par Africanews, les autorités locales ont renforcé le dispositif sécuritaire aux abords des églises et sur les principaux axes de la ville, déployant forces de police et militaires en nombre visible. Malgré ces mesures, la prudence a prévalu dans les foyers, et nombreux sont ceux qui ont préféré prier en famille plutôt que de braver l’insécurité ambiante.
La fusillade survenue il y a une semaine a ravivé des plaies jamais véritablement refermées dans cette région. L’État du Plateau est depuis des décennies le théâtre de violences intercommunautaires récurrentes, opposant souvent des agriculteurs sédentaires, majoritairement chrétiens, à des éleveurs nomades Fulani, en grande partie musulmans. Ces affrontements, alimentés par des tensions foncières, climatiques et identitaires, ont fait des milliers de morts en deux décennies et continuent de déstabiliser le centre du pays.
Un contexte national et continental préoccupant
La situation à Jos s’inscrit dans un tableau sécuritaire national particulièrement sombre. Le Nigeria, première puissance économique du continent africain, est simultanément confronté à l’insurrection jihadiste de Boko Haram et de l’ISWAP dans le Nord-Est, aux violences des séparatistes Biafra dans le Sud-Est, et aux conflits intercommunautaires chroniques dans la Middle Belt, cette zone de transition géographique et culturelle dont Jos est la ville emblématique. Le gouvernement fédéral d’Abuja peine à apporter des réponses durables à ces crises imbriquées, malgré les promesses répétées de ses successifs gouvernements.
À l’échelle continentale, le phénomène n’est pas isolé. Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, du Sahel au bassin du lac Tchad, connaissent une recrudescence des violences à caractère religieux ou intercommunautaire, souvent exacerbées par des facteurs exogènes. Certains analystes pointent notamment l’influence de réseaux de financement en provenance du Moyen-Orient, qu’il s’agisse de monarchies du Golfe ou d’acteurs iraniens, qui alimentent des dynamiques sectaires locales dans une compétition d’influence géopolitique aux conséquences désastreuses pour les populations civiles.
La résilience des fidèles face à l’adversité
Pourtant, dans plusieurs paroisses de Jos, des fidèles ont bravé leur crainte pour assister aux offices du dimanche de Pâques. Des témoignages recueillis sur place décrivent des célébrations empreintes d’une sobriété inhabituelle, ponctuées de prières pour les victimes de la fusillade et d’appels à la réconciliation. Des pasteurs et prêtres ont pris la parole pour exhorter leurs congrégations à ne pas céder à la spirale de la haine et de la vengeance, insistant sur le message de paix que porte symboliquement la fête chrétienne.
Les organisations de la société civile nigériane et plusieurs ONG internationales présentes dans la région ont, quant à elles, appelé les autorités fédérales et de l’État du Plateau à ouvrir des enquêtes transparentes et à traduire les responsables devant la justice, seule condition, selon elles, susceptible de rétablir un minimum de confiance entre les communautés. Le silence de l’impunité, disent-ils, est le terreau le plus fertile pour de nouvelles tragédies.
Alors que Jos panse ses plaies et que le Nigeria s’interroge une fois de plus sur sa capacité à garantir la sécurité de tous ses citoyens, la question demeure entière : les autorités parviendront-elles à briser le cycle de violences qui, décennie après décennie, ensanglante le coeur du pays le plus peuplé d’Afrique, ou la prochaine fête religieuse se célébrera-t-elle à nouveau dans la peur ?











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