Zelensky à Damas : une rencontre historique qui redessine les alliances au Moyen-Orient

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est rendu à Damas pour rencontrer le nouveau dirigeant syrien Ahmed al-Charaa, une visite inédite qui marque un tournant diplomatique majeur dans une région déjà secouée par des conflits multiples. Cette poignée de main entre le chef de guerre ukrainien et l’homme fort de la Syrie post-Assad illustre la recomposition profonde des équilibres géopolitiques à l’échelle mondiale.

Une visite historique dans une Damas en reconstruction

C’est une première depuis la chute du régime de Bachar el-Assad : un président ukrainien a foulé le sol syrien pour y tenir des discussions officielles avec les nouvelles autorités de Damas. Selon les informations rapportées par RFI Moyen-Orient, Volodymyr Zelensky a rencontré Ahmed al-Charaa dans la capitale syrienne, scellant ainsi publiquement un rapprochement diplomatique qui se dessinait depuis plusieurs semaines entre Kiev et le nouveau pouvoir syrien.

La symbolique de ce déplacement est forte. Damas, longtemps considérée comme une place forte de l’axe russo-iranien au Moyen-Orient, est aujourd’hui dirigée par un homme qui a contribué à renverser le régime d’Assad, lui-même soutenu militairement et politiquement par Moscou et Téhéran pendant plus d’une décennie. Pour l’Ukraine, en guerre contre la Russie depuis l’invasion de février 2022, tisser des liens avec la nouvelle Syrie revient à affaiblir symboliquement et stratégiquement l’influence russe dans une région clé.

Une alliance naturelle contre un ennemi commun

Le rapprochement entre Kiev et Damas repose sur une logique géopolitique claire : les deux pays partagent, à des degrés divers, une expérience douloureuse de l’interventionnisme militaire russe. La Russie a massivement soutenu le régime de Bachar el-Assad entre 2015 et 2024, déployant ses forces aériennes et terrestres pour maintenir le dictateur au pouvoir face à une rébellion populaire. Cette même Russie mène depuis plus de quatre ans une guerre d’agression contre l’Ukraine. L’ennemi commun crée, presque mécaniquement, les conditions d’une solidarité entre les deux capitales.

Ahmed al-Charaa, dont le parcours reste scruté par les chancelleries occidentales et régionales, dirige une Syrie en pleine transition. Son gouvernement cherche à s’ouvrir sur la scène internationale, à attirer des investissements pour la reconstruction et à rompre avec l’isolement imposé par des années de guerre civile et de sanctions. La visite de Zelensky constitue pour lui une validation internationale supplémentaire, même si des zones d’ombre persistent sur la nature exacte du nouveau régime syrien.

Un contexte régional sous haute tension

Cette rencontre intervient dans un contexte moyen-oriental particulièrement instable. La guerre à Gaza se poursuit, les tensions entre Israël et l’Iran restent à un niveau critique, et les équilibres régionaux se reconfigurent à grande vitesse depuis la chute d’Assad. L’Iran, grand perdant du renversement du régime syrien, voit son corridor terrestre vers le Hezbollah libanais sérieusement compromis. Dans ce tableau, l’émergence d’une Syrie tournée vers l’Occident et ses alliés constitue un changement de paradigme considérable.

Pour l’Afrique, ce remodelage des alliances n’est pas sans conséquences. Plusieurs pays africains, notamment au Sahel, ont développé ces dernières années des partenariats sécuritaires et économiques étroits avec Moscou, s’appuyant sur des groupes paramilitaires russes comme Wagner, désormais rebaptisé Africa Corps. La montée en puissance de coalitions alternatives, rassemblant des pays ayant résisté à l’influence russe, pourrait à terme modifier les rapports de force au sein des institutions internationales, où les votes africains ont souvent été déterminants sur les résolutions concernant la guerre en Ukraine.

Vers une nouvelle géographie des alliances ?

La rencontre de Damas n’est pas qu’un geste symbolique. Elle s’inscrit dans une tendance plus large de reconstruction des alliances internationales autour de la fracture russo-occidentale. L’Ukraine de Zelensky multiplie les ouvertures diplomatiques, cherchant à isoler davantage Moscou sur la scène mondiale, y compris dans des zones d’influence traditionnellement acquises à la Russie comme le Moyen-Orient ou certaines parties de l’Afrique subsaharienne.

La question qui se pose désormais est celle de la profondeur et de la durabilité de ce partenariat syro-ukrainien : au-delà des déclarations de façade, quelles coopérations concrètes, militaires, économiques ou diplomatiques, vont structurer cette nouvelle relation, et dans quelle mesure elle sera capable de résister aux pressions extérieures d’acteurs comme la Russie, l’Iran ou même certains pays du Golfe dont les intérêts en Syrie restent considérables ?

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.