Windhoek, 25 novembre 2025 – Les Namibiens se rendent aux urnes mercredi pour élire leurs conseils régionaux et autorités locales dans ce qui pourrait constituer l’élection la plus compétitive depuis l’indépendance pour le parti au pouvoir, la South West Africa People’s Organisation (SWAPO). Après 34 ans de gouvernance ininterrompue depuis 1990, le mouvement de libération historique fait face à une opposition revigorée et à des candidats indépendants déterminés à briser son hégémonie.
Un contexte post-présidentiel tendu
Ces élections locales surviennent moins d’un an après les élections présidentielles controversées de novembre 2024, lors desquelles Netumbo Nandi-Ndaitwah est devenue la première femme présidente de Namibie et d’Afrique australe avec 58,1% des voix. Bien que victorieuse, la SWAPO n’avait obtenu que 51 des 96 sièges directement élus à l’Assemblée nationale, soit 53,1%, perdant ainsi sa majorité qualifiée pour la première fois.
Ce scrutin avait été entaché de problèmes logistiques majeurs, notamment des pénuries de bulletins de vote et des dysfonctionnements d’équipements techniques, obligeant les autorités à prolonger le vote pendant trois jours dans certains bureaux. L’opposition avait dénoncé des irrégularités et remis en question la légitimité des résultats.
La présidente Nandi-Ndaitwah, qui a lancé officiellement la campagne électorale de la SWAPO pour ces élections locales début octobre à Walvis Bay, a insisté sur le fait que le processus démocratique devait se compléter. Elle a souligné que les Namibiens avaient la responsabilité légale et morale d’aller voter pour assurer le plein fonctionnement de la huitième administration.
Un parti au pouvoir déterminé à reconquérir le terrain
La SWAPO vise ce qu’elle appelle un « knock-out technique » lors de ces élections. Modestus Amutse, membre du parlement pour la SWAPO, a déclaré lors d’un rassemblement de mobilisation à Oshakati que le parti ne laisserait aucune autorité locale sous direction de l’opposition.
Le coordinateur régional de la SWAPO pour la région d’Oshana, Sam Nangolo, a martelé ce message en affirmant que le parti avait un mandat à remplir tel qu’énoncé dans son manifeste et que l’électorat devait donner à la SWAPO la chance de diriger. Son mot d’ordre est clair : « Votez correctement, votez pour le parti SWAPO. »
Cette stratégie agressive reflète les inquiétudes du parti face à la montée des formations d’opposition qui ont remporté plusieurs municipalités lors des scrutins précédents. La SWAPO critique vertement la gestion de ces villes par l’opposition, accusant ces administrations d’incompétence et de laisser les localités sombrer dans l’insalubrité.
Des défis structurels pour le pays
Plus de trois décennies après la fin de l’oppression coloniale et du régime d’apartheid, la Namibie demeure l’un des pays les plus inégalitaires au monde. La pauvreté généralisée est insuffisamment combattue par l’État, et l’accès aux biens publics essentiels comme l’électricité, l’eau et les services de santé reste soit inadéquat, soit inabordable pour de larges segments de la population.
Après « l’indépendance du drapeau », l’indépendance économique n’a pas suivi : de nombreux citoyens attendent toujours en vain leur « dividende d’indépendance ». L’État ne répond pas de manière adéquate ou rapide aux besoins de la population et se montre enclin à la corruption et au népotisme.
Le chômage élevé, particulièrement chez les jeunes, les pénuries de logements, les inégalités sociales et la frustration croissante de la population ont notablement augmenté la pression sur le parti au pouvoir. Les élections de 2019 avaient déjà montré les premiers signes de changement : le président Hage Geingob n’avait obtenu que 56% des voix, et la SWAPO avait perdu pour la première fois sa majorité des deux tiers au parlement.
Une opposition fragmentée mais déterminée
Le principal concurrent de la SWAPO reste l’Independent Patriots for Change (IPC), qui a remporté 20 sièges lors des élections législatives de 2024, devenant ainsi la deuxième force politique du pays. D’autres partis comme Affirmative Repositioning, qui a obtenu 6 sièges, constituent également des alternatives pour les électeurs déçus.
Une nouveauté significative apparaît dans la région du Kavango Ouest, où six anciens membres de la SWAPO se présentent comme candidats indépendants dans quatre circonscriptions différentes. Ces candidats, qui ont quitté le parti le mois dernier, marquent le premier défi significatif à la domination historique de la SWAPO dans cette région qui est restée sous contrôle du parti depuis l’indépendance.
Dans les circonscriptions de Kapako, Mpungu, Ncuncuni et Tondoro, ces indépendants affronteront directement les candidats de la SWAPO et de l’IPC. L’analyste politique Angelius Liveve explique que leur participation est ancrée dans la Constitution namibienne, spécifiquement l’article 17, et soutenue par la loi électorale qui exige qu’un candidat indépendant obtienne le soutien d’au moins 150 électeurs inscrits dans la circonscription concernée.
Un scrutin aux enjeux multiples
Le 26 novembre, les Namibiens éliront des conseillers pour les 121 circonscriptions du pays selon le système uninominal majoritaire à un tour. Les élections locales, quant à elles, utiliseront un système de représentation proportionnelle pour déterminer la composition des conseils de 57 autorités locales (villages, villes et municipalités), avec des exigences d’action positive pour garantir la représentation des femmes.
Les conseils régionaux sélectionneront ensuite trois représentants chacun pour siéger au Conseil national, la chambre haute du parlement bicaméral namibien. Les conseillers municipaux éliront parmi eux les maires des différentes localités.
Le registre électoral final, publié le 24 octobre 2025, compte 1 499 449 électeurs habilités à voter pour ce scrutin, après une période d’inscription complémentaire du 4 au 19 août pour les citoyens ayant atteint 18 ans ou ayant déménagé.
Entre continuité et aspiration au changement
Ces élections représentent bien plus qu’un simple choix de représentants locaux. Elles constituent un baromètre crucial de la confiance que les Namibiens accordent encore à leur mouvement de libération historique face aux défis contemporains.
La SWAPO mise sur son bilan et son rôle dans l’histoire de l’indépendance namibienne. L’opposition, elle, capitalise sur les frustrations économiques et sociales d’une population jeune qui n’a pas connu la lutte de libération et qui aspire à un changement concret dans sa vie quotidienne.
Le résultat de mercredi dira si la Namibie connaîtra un maintien de l’ordre établi ou si elle s’engage sur la voie d’une alternance démocratique au niveau local, préfigurant peut-être des bouleversements plus profonds lors des prochaines échéances nationales.











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