Une passation symbolique à une chaise vide marque la fin controversée du sommet de Johannesburg
Johannesburg, 25 novembre 2025 – Le sommet historique du Groupe des 20 qui s’est tenu ce week-end à Johannesburg s’est achevé dimanche dans une atmosphère tendue, marqué par l’absence spectaculaire des États-Unis, la plus grande économie mondiale. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a dû clôturer l’événement en frappant le marteau traditionnel du G20 sans pouvoir le remettre à un représentant américain, le pays étant censé prendre la présidence tournante du groupe.
Un boycott qui a éclipsé l’agenda africain
Pour la première fois de son histoire, le sommet du G20 se tenait sur le continent africain, offrant à l’Afrique du Sud une plateforme sans précédent pour placer les priorités du Sud global au cœur des discussions internationales. Pourtant, le boycott ordonné par le président Donald Trump a largement dominé les débats préalables, menaçant de faire passer au second plan l’ambitieux programme sud-africain centré sur le changement climatique et les inégalités mondiales.
Trump a justifié sa décision par ses allégations selon lesquelles l’Afrique du Sud mènerait des politiques racistes anti-blancs et persécuterait la minorité afrikaner. L’administration américaine a également exprimé son opposition frontale à l’agenda sud-africain, que le secrétaire d’État Marco Rubio a qualifié de programme axé sur la diversité, l’équité, l’inclusion et le changement climatique.
Malgré les tensions diplomatiques croissantes entre Pretoria et Washington durant les semaines précédant le sommet, plusieurs dirigeants présents ont tenu à poursuivre les travaux. Le président français Emmanuel Macron a déclaré regretter l’absence américaine, mais a insisté sur le fait que cela ne devait pas bloquer les efforts collectifs face aux nombreux défis mondiaux.
Une déclaration adoptée sans Washington
Dans un geste de défiance diplomatique, les pays du G20 ont adopté samedi une déclaration de 122 points abordant la crise climatique et d’autres enjeux globaux, rédigée sans la participation des États-Unis. Le porte-parole du président Ramaphosa a clairement indiqué que ce document ne pourrait être renégocié, reflétant les tensions persistantes entre l’Afrique du Sud et l’administration Trump.
La déclaration de Johannesburg évoque notamment le changement climatique, une référence qui constitue un camouflet direct au président Trump, qui remet en question le consensus scientifique sur le réchauffement climatique d’origine humaine. Les responsables américains avaient fait savoir qu’ils s’opposeraient à toute mention de ce sujet dans la déclaration finale.
Selon des officiels sud-africains, Washington avait exercé des pressions pour que le sommet n’adopte aucune déclaration des dirigeants en l’absence d’une délégation américaine. Les États-Unis souhaitaient plutôt qu’une simple déclaration sud-africaine clôture l’événement, une proposition catégoriquement rejetée par Pretoria.
Une cérémonie de clôture inédite
La cérémonie de clôture dimanche a offert une image inhabituelle dans l’histoire du G20. Traditionnellement, le maillet est remis au chef d’État du pays qui prendra la présidence suivante. Mais dimanche, Ramaphosa a déclaré le sommet clos sans pouvoir effectuer cette passation symbolique, aucun représentant américain n’étant présent pour la recevoir.
La Maison Blanche avait annoncé qu’un fonctionnaire de l’ambassade américaine en Afrique du Sud assisterait à la cérémonie de passation. Mais Pretoria a rejeté cette proposition, considérant qu’il serait insultant pour le président de remettre la présidence du G20 à un diplomate junior. Ramaphosa a finalement déclaré qu’il remettrait symboliquement la présidence à une « chaise vide ».
Après son discours, Ramaphosa a été chaleureusement félicité par les autres dirigeants pour avoir organisé un sommet largement éclipsé par le boycott américain. Dans un moment capté par les micros et qui n’était pas destiné à être diffusé, on l’a entendu dire : « Ce n’était pas facile. »
Des avancées malgré les divisions
L’Afrique du Sud a néanmoins présenté la déclaration du G20 comme une victoire pour le sommet et pour la coopération internationale face à la politique étrangère « l’Amérique d’abord » de l’administration Trump. Cyril Ramaphosa a souligné que son pays avait utilisé cette présidence pour placer fermement les priorités de l’Afrique et du Sud global au cœur de l’agenda du G20.
Certains observateurs ont salué le sommet comme un moment symbolique significatif. Max Lawson, d’Oxfam, a déclaré qu’il s’agissait de la première réunion de dirigeants mondiaux où l’urgence des inégalités avait été placée au centre de l’agenda.
Toutefois, les déclarations du G20 sont des accords généraux entre pays membres qui ne sont pas contraignants, et leur impact à long terme a souvent été questionné. Bien que la déclaration intègre de nombreuses priorités sud-africaines, certaines propositions concrètes n’ont pas été retenues dans le document final, notamment la création d’un nouveau panel international sur les inégalités de richesse, similaire au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat mandaté par les Nations Unies.
Des défis géopolitiques persistants
Le sommet n’a apparemment eu aucun impact sur la guerre russo-ukrainienne, qui dure depuis près de quatre ans, bien que les dirigeants ou délégations de haut niveau de toutes les principales nations européennes, de l’Union européenne et de la Russie se soient retrouvés dans la même salle. La déclaration de Johannesburg n’a fait qu’une seule référence à l’Ukraine, dans un appel général à mettre fin aux conflits mondiaux.
Le président Macron a reconnu que le G20 « peine à avoir une norme commune sur les crises géopolitiques », soulignant les limites du groupe face aux tensions mondiales actuelles.
Le G20, formé en 1999 en réponse à la crise financière asiatique, regroupe 19 économies riches et émergentes, l’Union européenne et l’Union africaine. Ensemble, ses membres représentent environ 85% de l’économie mondiale, 75% du commerce international et plus de la moitié de la population globale. Toutefois, son efficacité pour résoudre les crises mondiales les plus pressantes continue d’être débattue.
Un avenir incertain pour le G20
Malgré le boycott américain du sommet sud-africain, les États-Unis prendront officiellement la présidence tournante du G20 le 30 novembre 2025. L’orientation du bloc devrait changer radicalement sous la présidence américaine, l’administration Trump ayant clairement manifesté son opposition aux priorités mises en avant par l’Afrique du Sud, notamment concernant le climat et les inégalités.
Ce premier sommet du G20 sur le sol africain restera dans l’histoire à la fois comme une étape importante pour la reconnaissance des priorités du continent et comme un symbole des profondes divisions qui traversent la gouvernance mondiale contemporaine.













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