Ce lundi 24 novembre marque l’ouverture d’un rendez-vous diplomatique majeur en terre africaine. Près de 80 chefs d’État et de gouvernement convergent vers la capitale angolaise pour le 7ème sommet conjoint Union Africaine (UA) – Union Européenne (UE). Vingt-cinq ans après le lancement de ce dialogue au Caire, et alors que la géopolitique mondiale est en pleine mutation, la question centrale demeure : l’Europe et l’Afrique peuvent-elles enfin bâtir une relation d’égal à égal ?
C’est sous le thème solennel de « Promouvoir la paix et la prospérité grâce à un multilatéralisme effectif » que s’ouvre cette rencontre au sommet. Si la poignée de main diplomatique est de mise, les enjeux, eux, sont critiques. Luanda devient, pour 48 heures, le baromètre d’une relation transcontinentale qui cherche encore son point d’équilibre entre héritage colonial, urgences sécuritaires et promesses économiques.
Sécurité et crises : L’urgence au cœur des débats
L’agenda des dirigeants est lourd. Les sessions thématiques prévues aujourd’hui et demain aborderont sans détour les dossiers brûlants qui fracturent la stabilité mondiale.
Pour l’Afrique, la priorité reste la résolution des conflits endémiques : la guerre au Soudan, l’instabilité chronique dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC) et la situation sécuritaire au Sahel. De son côté, l’Union Européenne tentera une nouvelle fois de rallier le continent à ses positions sur le conflit en Ukraine.
Cependant, au-delà des crises, c’est la question migratoire qui risque de polariser les échanges. Les discussions sur la « mobilité » et les « citoyens » devront dépasser les vœux pieux pour aborder les causes profondes des migrations, un sujet sur lequel les attentes africaines se heurtent souvent au mur sécuritaire européen.
Global Gateway : La fin du paternalisme économique ?
Le volet économique de ce sommet repose sur une promesse chiffrée : le Global Gateway. Cette stratégie européenne, lancée en 2021, promet de mobiliser 150 milliards d’euros d’investissements pour l’Afrique d’ici 2027.
Ce matin, le Business Forum qui précède la réunion des chefs d’État a donné le ton. Pour Pascal Saint-Amans, professeur à l’Université de Lausanne présent à Luanda, il est temps de tourner la page :
« Les échanges économiques ont longtemps été dans une relation coloniale, mais je crois qu’avec la révision globale de la géopolitique mondiale, on a une relation qui est plus sur un pied d’égalité, moins paternaliste et c’est une très bonne chose. »
Cette volonté de « revisiter » la relation est partagée par Antonio Costa, président du Conseil européen, qui appelle de ses vœux un partenariat « robuste, équilibré et tourné vers l’avenir ».
Le dilemme des valeurs face à la concurrence
Néanmoins, l’Europe marche sur une ligne de crête. Confrontée à la montée en puissance de partenaires aux conditions moins contraignantes — la Chine et la Russie, pour ne pas les nommer — l’UE refuse officiellement de brader ses principes.
« Attention à ne pas tomber dans le business avant tout », avertit un membre de la délégation européenne croisé dans les couloirs de Luanda. « L’Union européenne ce sont des valeurs, si nous les laissons tomber, qui serons-nous ? » L’enjeu est clair : maintenir une exigence sur la gouvernance et les droits de l’homme sans pour autant faire fuir les partenaires africains vers d’autres horizons géopolitiques.
L’Europe, nouveau « pompier » humanitaire ?
Enfin, une nouvelle dynamique, plus silencieuse mais tout aussi cruciale, s’invite à la table des négociations : le rôle humanitaire croissant de l’Europe. Face au retrait progressif de l’aide américaine dans certaines zones, notamment en RDC, l’UE se retrouve de facto premier bailleur humanitaire.
Ce glissement oblige les deux continents à redéfinir l’équilibre entre l’aide d’urgence et l’investissement structurel. Luanda ne devra pas seulement être le théâtre de déclarations d’intention, mais le lieu où se décide concrètement si l’Europe restera un simple bailleur de fonds ou deviendra véritablement le partenaire stratégique que l’Afrique attend.













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