Alors que le continent africain redéfinit ses alliances stratégiques et affirme sa souveraineté face aux puissances historiques, le président français Emmanuel Macron entame, ce jeudi 20 novembre, une tournée de cinq jours lourde d’enjeux. De l’Île Maurice à l’Angola, en passant par l’Afrique du Sud et le Gabon, le chef de l’État français tente de vendre un narratif de partenariat « gagnant-gagnant ». Une offensive diplomatique qui tente de masquer le recul de l’influence française, cherchant désespérément à sécuriser des positions économiques et politiques dans une Afrique qui ne veut plus être une simple variable d’ajustement de l’Occident.
Maurice : L’économie comme porte d’entrée d’une influence à reconstruire
Le périple a débuté ce matin à l’Île Maurice, une étape qui n’a rien d’anodin dans la géopolitique de l’Océan Indien. Trente-deux ans après la dernière visite d’un président français — celle de François Mitterrand en 1993 —, Paris revient vers Port-Louis avec un pragmatisme économique affiché. L’Élysée ne tarit pas d’éloges sur ce qu’elle nomme une « success story », citant l’ascension de l’île vers le statut de pays à revenus élevés. Cependant, pour l’observateur panafricain, cette visite révèle surtout la volonté de Paris de s’arrimer aux pôles de stabilité économique du continent. Si le discours officiel vante la part des entreprises françaises dans ce développement, il s’agit surtout pour Emmanuel Macron de consolider un bastion francophone dans une zone de plus en plus convoitée par les puissances asiatiques. La rencontre prévue avec le Premier ministre Navin Ramgoolam et la visite du bâtiment militaire Le Champlain soulignent cette dualité : sécuriser les intérêts commerciaux tout en rappelant une présence militaire stratégique dans les eaux africaines.
Le Gabon et la politique du « deux poids, deux mesures »
L’étape la plus scrutée par les analystes du continent sera sans doute celle du Gabon, prévue après le passage du président français au G20 en Afrique du Sud. Ce déplacement à Libreville illustre le réalisme, voire le cynisme, de la diplomatie française post-Françafrique. Emmanuel Macron ira serrer la main du général Brice Clotaire Oligui Nguema, l’homme fort de la transition gabonaise qui a mis fin à la dynastie Bongo il y a deux ans. Pour les panafricanistes, cette visite est révélatrice d’un double standard flagrant : alors que Paris a condamné avec véhémence les coups d’État au Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), allant jusqu’à la rupture diplomatique, l’attitude est tout autre avec Libreville. Cette « géométrie variable » laisse penser que la France sait s’accommoder des régimes militaires tant que ses intérêts vitaux et économiques ne sont pas menacés, jetant un voile de doute sur la sincérité de ses discours démocratiques.
Afrique du Sud et Angola : À la recherche d’une pertinence perdue
La suite du voyage, qui mènera le président français en Afrique du Sud pour le G20 puis en Angola pour un sommet Union Africaine – Union Européenne, s’inscrit dans une tentative de repositionnement global. En se rendant au pays de Nelson Mandela, membre éminent des BRICS, Macron tente de dialoguer avec cette Afrique puissante qui conteste l’hégémonie occidentale. Enfin, l’étape angolaise vise à promouvoir ce fameux « partenariat gagnant-gagnant » pour les entreprises françaises. Mais ce slogan résonne-t-il encore aux oreilles des populations africaines ? La rhétorique de Paris, qui prétend proposer des « solutions économiques » au service des Africains, se heurte aujourd’hui à une jeunesse continentale exigeante, qui préfère des transferts de technologies réels et une souveraineté industrielle à des accords commerciaux qui ont trop longtemps favorisé l’exportation de matières premières brutes vers l’Europe. Cette tournée est donc un test grandeur nature : la France peut-elle accepter d’être un partenaire parmi d’autres, ou cherche-t-elle simplement à sauver les meubles dans son ancien pré carré ?













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