Tunisie : la société civile descend dans la rue contre le racisme et les dérives autoritaires

À Tunis, une centaine de citoyens ont bravé un climat politique tendu pour manifester contre le racisme et la répression. Portée par le Forum des droits économiques et sociaux, cette mobilisation révèle les profondes fractures d’une société tunisienne en quête de ses idéaux révolutionnaires, plus d’une décennie après le Printemps arabe.

Une manifestation sous haute tension

C’est dans une atmosphère pesante que le Forum des droits économiques et sociaux (FDES) a organisé, le 13 avril 2026 à Tunis, un rassemblement contre le racisme et les pratiques répressives dénoncées par la société civile tunisienne. Selon les informations relayées par Africanews FR, environ une centaine de personnes ont répondu à l’appel, un chiffre modeste mais significatif au regard du contexte politique actuel, que les organisateurs eux-mêmes qualifient de particulièrement difficile.

Les manifestants ont défilé dans les rues de la capitale en scandant des slogans contre les discriminations raciales et en appelant les autorités à mettre fin à ce que de nombreuses organisations de défense des droits humains décrivent comme une dérive autoritaire progressive. Parmi les préoccupations exprimées figurent notamment les conditions de vie et le traitement réservé aux migrants subsahariens présents sur le territoire tunisien, une question qui cristallise depuis plusieurs années les tensions entre défenseurs des droits et les pouvoirs publics.

Les migrants subsahariens au coeur des préoccupations

La Tunisie est depuis longtemps un pays de transit pour des milliers de migrants originaires d’Afrique subsaharienne qui tentent de rejoindre les côtes européennes. Mais ce statut de carrefour migratoire s’est accompagné, ces dernières années, de tensions sociales croissantes et de discours ouvertement xénophobes émanant de certaines sphères politiques. En février 2023, des déclarations du président Kaïs Saïed qualifiant les migrants africains de menace démographique avaient provoqué une vague d’indignation en Tunisie et à l’échelle du continent africain, entraînant dans la foulée des actes de violence et des expulsions documentés par plusieurs ONG internationales.

Ce contexte pèse lourdement sur l’action des organisations de la société civile tunisienne, qui dénoncent non seulement des violences racistes mais aussi un rétrécissement progressif de l’espace civique. Depuis l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2022 et la concentration des pouvoirs entre les mains de l’exécutif, plusieurs associations et militants font l’objet de poursuites judiciaires ou de pressions administratives qui limitent leur capacité d’action.

Un écho continental et international

La mobilisation tunisienne s’inscrit dans un contexte africain plus large, où la question du traitement des migrants et des minorités ethniques est au coeur des débats dans de nombreux États. En Afrique du Nord en particulier, les dynamiques migratoires sont étroitement liées aux instabilités régionales, notamment aux conflits persistants en Libye voisine et aux répercussions des crises au Sahel qui poussent des populations entières vers le nord.

À l’échelle internationale, la situation tunisienne est observée avec attention par les institutions européennes et les partenaires diplomatiques du pays. L’Union européenne, qui a signé avec Tunis un partenariat de coopération incluant un volet migratoire controversé, est régulièrement interpellée par des organisations de défense des droits humains qui l’accusent de fermer les yeux sur les violations commises au nom de la gestion des flux migratoires en Méditerranée.

La société civile comme ultime rempart

Malgré les obstacles, le Forum des droits économiques et sociaux et d’autres organisations continuent de maintenir une pression publique sur les autorités. Pour les militants présents lors de cette manifestation, descendre dans la rue reste un acte fondamental de résistance et de rappel des valeurs inscrites dans l’héritage de la révolution de 2011, première étincelle du Printemps arabe. La faiblesse numérique du rassemblement est interprétée par certains observateurs non pas comme un désintérêt, mais comme le signe d’une intimidation croissante qui dissuade une partie des citoyens de s’exprimer publiquement.

Alors que la Tunisie s’enfonce dans une crise économique profonde, aggravée par une inflation persistante et un chômage structurel élevé notamment chez les jeunes, la question de savoir si la société civile parviendra à préserver ses acquis démocratiques et à imposer le respect des droits fondamentaux pour tous, citoyens comme migrants, demeure plus que jamais ouverte.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.