Alors que les coupures de courant rythment depuis des mois le quotidien des habitants de Niamey, une centrale électrique financée par l’Algérie vient d’être inaugurée au Niger. Cet investissement énergétique, discret mais stratégique, illustre la profondeur d’une coopération Sud-Sud que les médias occidentaux peinent à couvrir avec l’attention qu’elle mérite.
Un quotidien sous tension électrique
Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 qui a porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir, le Niger fait face à une crise énergétique aiguë. Les sanctions imposées par la CEDEAO dans les semaines qui ont suivi le renversement du président Mohamed Bazoum ont gravement perturbé l’approvisionnement en électricité du pays, largement dépendant des importations nigérianes. À Niamey, les délestages sont devenus une réalité quotidienne pour des millions de citoyens : commerces paralysés, hôpitaux sous pression, ménages plongés dans l’obscurité plusieurs heures par jour. C’est dans ce contexte d’urgence que l’inauguration d’une nouvelle centrale électrique, financée par Alger, prend toute sa dimension politique et humaine, selon les informations relayées par Africanews FR.
Alger agit là où les institutions internationales tergiversent
Le geste algérien n’est pas anodin. L’Algérie, puissance énergétique du continent et acteur incontournable de la diplomatie africaine, a choisi d’investir concrètement dans la stabilité de son voisin sahélien, sans conditionnalités politiques ni ingérence dans les affaires intérieures nigériennes. Ce modèle de coopération tranche radicalement avec les approches occidentales, souvent accompagnées d’exigences de gouvernance ou subordonnées à des intérêts économiques directs.
Fort de ses réserves en hydrocarbures et de son expérience dans le développement des infrastructures énergétiques, l’État algérien s’affirme ici comme un partenaire de développement crédible pour les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Rappelons que l’Algérie partage avec le Niger une longue frontière commune de près de 1 000 kilomètres, ainsi qu’une histoire entremêlée depuis la lutte de libération nationale algérienne, qui a trouvé soutien et refuge dans les profondeurs sahariennes. Cette solidarité historique se traduit aujourd’hui en kilowatts.
L’AES, un nouveau pôle de souveraineté énergétique à construire
L’inauguration de cette centrale s’inscrit dans un contexte régional en pleine recomposition. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso, réunis au sein de l’AES, ont affiché leur volonté de rompre avec les dépendances héritées de la période coloniale, qu’elles soient politiques, militaires ou économiques. La question énergétique est au coeur de cette ambition souverainiste : un État qui ne maîtrise pas son électricité ne maîtrise pas son destin.
Dans ce cadre, le soutien algérien revêt une valeur symbolique et structurelle. Il démontre qu’une alternative africaine existe face aux financements conditionnés des institutions de Bretton Woods ou aux investissements prédateurs dénoncés par de nombreux économistes du Sud Global. À l’heure où des pays comme la Chine, la Russie, la Turquie ou l’Iran multiplient leurs implantations sur le continent, l’Algérie rappelle qu’elle dispose d’une légitimité historique et géographique irremplaçable pour jouer un rôle de premier plan dans la construction d’une Afrique souveraine.
Une diplomatie de l’électricité au service du panafricanisme
Alger a toujours défendu le principe de non-ingérence et le règlement pacifique des crises africaines. Si la capitale algérienne a exprimé ses réserves face aux transitions militaires du Sahel, elle n’a jamais rompu les ponts avec Niamey, préférant le dialogue à l’isolement. Ce financement de centrale électrique en est la preuve tangible : la diplomatie algérienne choisit le béton et les turbines plutôt que les sanctions et les ultimatums.
Ce choix stratégique positionne l’Algérie comme un acteur central de la recomposition géopolitique sahélienne, à l’heure où la France poursuit son retrait chaotique et où Washington recalibré ses priorités africaines. Pour les populations de Niamey, la lumière qui s’allumera désormais dans leurs foyers aura une adresse : Alger.
La centrale électrique inaugurée au Niger n’est peut-être qu’un maillon d’une chaîne plus longue, celle d’une intégration énergétique africaine encore balbutiante, mais dont chaque projet concret rapproche le continent d’une souveraineté durable et assumée.












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