Fecofa : l’avenir du football congolais en jeu, entre ambitions panafricaines et crise de gouvernance

Alors que les Léopards de la République Démocratique du Congo ont décroché leur qualification historique pour la Coupe du monde, la maison football congolaise se déchire en coulisses. Neuf candidats se disputent la présidence de la Fédération Congolaise de Football Association (Fecofa), dans un scrutin qui dépasse largement le cadre sportif pour toucher aux questions fondamentales de souveraineté institutionnelle et de gouvernance africaine. Parmi eux, une figure clivante : Véron Mosengo-Omba, ancien secrétaire général de la Confédération Africaine de Football (CAF).

Un scrutin sous haute tension dans un football en crise

La Fecofa traverse depuis plusieurs années une crise profonde, marquée par des conflits internes, des accusations de mauvaise gestion et une instabilité structurelle qui tranche douloureusement avec le potentiel immense d’un pays de près de 100 millions d’habitants, vivier inépuisable de talents footballistiques. La qualification des Léopards pour la Coupe du monde aurait pu servir de catalyseur d’unité nationale. Elle révèle au contraire les fractures béantes d’une institution peinant à se réformer. C’est dans ce contexte que neuf candidats, aux profils et aux projets fort différents, se présentent devant les électeurs de la fédération pour prendre les commandes d’un navire qui prend l’eau.

Mosengo-Omba : l’homme de la CAF face à ses contradictions

La candidature de Véron Mosengo-Omba concentre à elle seule toutes les tensions de cette élection. Ancien secrétaire général de la CAF sous la présidence du controversé Ahmad Ahmad, cet homme rompu aux arcanes du football continental bénéficie d’un carnet d’adresses impressionnant et d’une expérience indéniable des institutions sportives africaines et mondiales. Ses partisans voient en lui le profil idéal pour moderniser la Fecofa, tisser des partenariats stratégiques et hisser le football congolais à la hauteur de ses ambitions. Ses détracteurs, en revanche, lui reprochent d’avoir été au coeur des dysfonctionnements qui ont fragilisé la CAF pendant des années. Sauveur ou pompier pyromane, comme le relève avec pertinence Jeune Afrique dans son enquête sur cette élection ? La question reste entière et divise profondément les acteurs du football congolais.

La gouvernance sportive, enjeu de souveraineté africaine

Au-delà des querelles de personnes, l’élection à la tête de la Fecofa soulève une question de fond qui résonne bien au-delà des frontières de la RDC : celle de la capacité des institutions sportives africaines à se doter d’une gouvernance souveraine, transparente et véritablement au service des peuples. Trop souvent, les fédérations nationales africaines ont été le terrain de jeu d’intérêts étrangers, de logiques clientélistes importées ou de rivalités stériles entretenues par des acteurs peu soucieux de l’intérêt collectif. Le football, premier sport du continent et vecteur d’identité culturelle et de fierté nationale, mérite mieux que des guerres de chapelles. À l’heure où l’Afrique prépare activement sa candidature à l’organisation de grandes compétitions mondiales et où la CAF cherche à renforcer son poids face à la FIFA, chaque fédération nationale constitue un maillon essentiel de cette ambition collective.

Les Léopards, symbole d’un potentiel à ne pas dilapider

La qualification de la RDC pour la Coupe du monde est une victoire qui appartient à tout un peuple et, par extension, à tout le continent africain. Elle témoigne du talent brut et de la résilience des joueurs congolais, souvent formés dans des conditions précaires, parfois expatriés dans les grands clubs européens faute d’une structure nationale solide pour les accueillir. Cette réussite sportive impose une responsabilité historique aux futurs dirigeants de la Fecofa : celle de construire enfin des infrastructures dignes de ce nom, de professionnaliser le championnat local, de protéger les jeunes joueurs contre les filières de recrutement prédatrices, et d’inscrire le football congolais dans une vision panafricaine cohérente, solidaire et tournée vers l’avenir.

Un choix qui engage l’avenir

Les électeurs de la Fecofa portent ce jour-là un poids qui les dépasse. Ils ne choisissent pas seulement un président de fédération ; ils décident en partie de la trajectoire d’un football national qui peut, s’il est bien gouverné, devenir un véritable levier de développement social et d’influence diplomatique pour la République Démocratique du Congo. Le résultat de ce scrutin sera observé de près par l’ensemble des acteurs du football africain, de Kinshasa à Dakar, du Caire à Johannesburg. Car la crise de la Fecofa est, à bien des égards, le reflet en miniature des défis que l’ensemble du sport africain doit relever pour conquérir enfin la souveraineté institutionnelle qu’il mérite.

L’Afrique dispose du talent, de la passion et de la démographie pour s’imposer comme une puissance footballistique mondiale incontestable ; il ne lui manque que des institutions à la hauteur de cette ambition, et des hommes capables de les bâtir sans servir d’autres intérêts que ceux de leurs peuples.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.