Détroit d’Ormuz : les pays du Golfe cherchent des routes alternatives pour leur pétrole

La guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz ont brutalement exposé la vulnérabilité des économies pétrolières du Golfe. Face à cette menace stratégique sans précédent, les monarchies de la région multiplient les projets d’infrastructures alternatives pour continuer à écouler leurs hydrocarbures vers les marchés mondiaux, quitte à engager des chantiers d’une ampleur pharaonique.

Un verrou géopolitique devenu insupportable

Le détroit d’Ormuz, ce corridor maritime long d’à peine 33 kilomètres dans sa partie la plus étroite, représente l’une des artères les plus critiques de l’économie mondiale. Chaque jour, près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole transite par ce passage situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman. Depuis que le conflit iranien a transformé cette voie en zone de haute tension, les États du Golfe persique ont pris la pleine mesure de leur dépendance à ce point de passage unique. L’heure est désormais à l’action, avec des projets qui, selon le quotidien français Le Monde, fleurissent à une vitesse inédite pour développer des voies de substitution.

Des pipelines XXL pour contourner la menace

L’Arabie Saoudite dispose déjà d’un atout dans sa manche : le pipeline Petroline, également connu sous le nom d’East-West Pipeline, qui relie les champs pétrolifères de l’est du pays au port de Yanbu sur la mer Rouge, permettant ainsi de court-circuiter le détroit d’Ormuz. D’une capacité de cinq millions de barils par jour, cette infrastructure existante est aujourd’hui envisagée pour être portée à pleine capacité, voire étendue. Les Émirats arabes unis, de leur côté, exploitent depuis 2012 le pipeline Abu Dhabi Crude Oil Pipeline (ADCOP), qui achemine le brut émirati jusqu’au port de Fujairah, sur le golfe d’Oman, en dehors du détroit. Ces infrastructures, longtemps considérées comme des options de secours, sont désormais au cœur des stratégies d’urgence des gouvernements concernés, qui envisagent des agrandissements massifs et des interconnexions régionales inédites.

Le projet de canal : une ambition titanesque

Mais c’est sans doute le projet de canal transnational qui retient le plus l’attention des observateurs. Selon les informations rapportées par Le Monde, plusieurs États de la région étudient sérieusement la faisabilité d’un canal artificiel qui permettrait de relier le golfe Persique à la mer d’Arabie ou à la mer Rouge, offrant ainsi une sortie maritime totalement indépendante du détroit d’Ormuz. Un tel chantier, comparable en ambition à la construction du canal de Suez ou à celle du canal de Panama, nécessiterait des investissements colossaux, estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars, et une coopération internationale complexe entre des États aux intérêts parfois divergents. La dimension géopolitique d’un tel projet est immense : un canal alternatif redessinerait non seulement les routes énergétiques mondiales, mais aussi les équilibres de pouvoir dans toute la région.

Des répercussions globales, de l’Asie à l’Afrique

Pour le continent africain, ces bouleversements ne sont pas sans conséquence. Plusieurs pays africains riverains de la mer Rouge, comme Djibouti, l’Érythrée ou la Somalie, pourraient se retrouver au cœur de nouvelles dynamiques commerciales et stratégiques si des routes alternatives venaient à s’imposer. Djibouti, déjà carrefour logistique incontournable dans la Corne de l’Afrique, pourrait voir son importance géostratégique encore renforcée dans un contexte de reconfiguration des flux pétroliers. Par ailleurs, les pays africains importateurs de pétrole, nombreux sur le continent, suivent avec une attention particulière l’évolution des prix et de la disponibilité des hydrocarbures, directement affectés par l’instabilité dans le Golfe. Toute perturbation durable du détroit d’Ormuz se répercute mécaniquement sur les coûts énergétiques africains, aggravant des situations économiques déjà fragilisées par l’inflation et la dette.

Une course contre la montre énergétique

La réalité est que les projets évoqués, aussi ambitieux soient-ils, ne peuvent voir le jour en quelques mois. Les pipelines XXL nécessitent des années de travaux, et un canal pharaonique, une ou deux décennies de planification et de construction. Dans l’intervalle, les États du Golfe naviguent à vue, combinant diplomatie d’urgence, gestion des stocks stratégiques et négociations discrètes avec les puissances qui pourraient garantir une forme de sécurité dans le passage d’Ormuz. La question de savoir si ces projets titanesques se concrétiseront, ou resteront des ambitions de papier, dépendra autant de la durée du conflit iranien que de la capacité des monarchies du Golfe à dépasser leurs rivalités historiques pour construire une architecture énergétique commune dont le monde entier, et l’Afrique en particulier, observera avec intérêt les contours définitifs.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.