Le père Gabriel Romaneli IVE photographié au Patriarcat Latin de Jérusalem le vendredi 10 novembre durant la Guerre Hamas Israël à Gaza

Gaza : un prêtre catholique témoigne de la survie des chrétiens palestiniens sous les bombes

Au coeur de l’une des crises humanitaires les plus dévastatrices du XXIe siècle, une voix s’élève depuis les ruines de Gaza pour raconter l’indicible. Le père Gabriel Romanelli, curé de la seule paroisse catholique du territoire palestinien assiégé, livre dans un ouvrage poignant le récit d’une communauté chrétienne qui refuse de disparaître malgré les bombes, la faim et le deuil.

Un témoignage au coeur de l’enfer

Intitulé « Les Ruines et la lumière », le livre du père Romanelli constitue bien plus qu’un simple récit de guerre. C’est un document humain rare, publié alors que le conflit entre Israël et le Hamas continue de meurtrir la bande de Gaza depuis octobre 2023. Le prêtre argentin, dont la paroisse Saint-Porfirios abrite des centaines de déplacés depuis le début des hostilités, y décrit avec une précision saisissante le quotidien des chrétiens palestiniens pris en étau dans ce conflit qui les dépasse, comme le rapporte le journal Le Monde.

La communauté chrétienne de Gaza, estimée à moins de mille personnes avant la guerre, représente une infime minorité dans ce territoire à écrasante majorité musulmane. Pourtant, leur sort illustre avec une acuité particulière la catastrophe humanitaire qui frappe l’ensemble de la population civile. Manque d’eau potable, pénuries alimentaires dramatiques, destructions massives des infrastructures : le père Romanelli ne cache rien de l’horreur vécue par ses paroissiens, dont plusieurs ont péri sous les bombardements.

Une minorité chrétienne en voie de disparition

La présence chrétienne dans les territoires palestiniens, et plus largement au Proche-Orient, est en recul constant depuis plusieurs décennies. En Irak, en Syrie, en Égypte ou au Liban, les communautés chrétiennes ont vu leurs effectifs fondre sous l’effet conjugué des guerres, des persécutions et de l’émigration. Gaza n’échappe pas à cette tendance lourde. Avant même le déclenchement de l’offensive israélienne en réponse aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023, la communauté chrétienne du territoire s’était déjà considérablement réduite au fil des conflits successifs.

Le témoignage du père Romanelli prend ainsi une dimension géopolitique qui dépasse les frontières de Gaza. Il interroge la place des minorités religieuses dans des zones de conflit où les puissances régionales — qu’il s’agisse de l’Iran, soutien affiché du Hamas et du Hezbollah, d’Israël ou des États du Golfe — jouent des parties d’influence sans égard pour les populations civiles les plus vulnérables. Sur le continent africain également, plusieurs pays sahéliens et de la corne de l’Afrique connaissent des dynamiques similaires, où des minorités chrétiennes ou musulmanes se retrouvent prises en otage de conflits armés qui structurent de nouveaux équilibres régionaux.

L’Église catholique face à la guerre

Le Vatican a multiplié les appels au cessez-le-feu depuis le début du conflit. Le pape François a exprimé à plusieurs reprises sa solidarité avec les chrétiens de Gaza et avec l’ensemble de la population civile du territoire. La paroisse du père Romanelli est devenue un symbole de résistance morale dans un contexte de violence extrême, accueillant aussi bien des chrétiens que des musulmans fuyant les combats dans les rues environnantes.

« Les Ruines et la lumière » arrive dans un contexte où la communauté internationale peine toujours à imposer un cessez-le-feu durable. Les négociations, menées sous l’égide de médiateurs qataris, égyptiens et américains, n’ont abouti qu’à des trêves fragiles et temporaires. Pendant ce temps, les habitants de Gaza, toutes confessions confondues, continuent de payer le prix d’un conflit dont la résolution semble chaque jour plus lointaine.

À travers le récit du père Romanelli, c’est finalement la question de la protection des civils en temps de guerre et de la survie des minorités religieuses dans les zones de conflit qui se pose avec une urgence renouvelée, un défi que la communauté internationale, des Nations Unies aux organisations africaines régionales, devra un jour résoudre sous peine de voir disparaître des pans entiers de la diversité humaine.

Avatar photo
El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.