L’Algérie est en deuil. L’ancien président Liamine Zeroual, qui avait guidé le pays à travers l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine, s’est éteint samedi des suites d’une longue maladie, laissant derrière lui un héritage politique complexe et profondément ancré dans la mémoire collective algérienne. Le président en exercice, Abdelmadjid Tebboune, s’est rendu à l’hôpital militaire Mohamed Seghir Nekkache à Alger pour lui rendre un hommage solennel.
Un adieu officiel chargé de symboles
C’est dans le silence feutré de l’hôpital militaire Mohamed Seghir Nekkache, établissement de référence des forces armées algériennes situé dans la capitale, qu’Abdelmadjid Tebboune a tenu à se recueillir personnellement auprès de la dépouille de son prédécesseur. Ce geste, rapporté par Africanews FR, revêt une dimension hautement symbolique dans un pays où les relations entre les différentes générations de dirigeants ont souvent été marquées par la discrétion, voire la distance. En se déplaçant en personne, Tebboune a voulu signifier la reconnaissance de l’État algérien envers un homme qui a tenu les rênes du pouvoir dans des circonstances exceptionnellement difficiles.
Liamine Zeroual avait accédé à la présidence en janvier 1994, nommé par le Haut Comité d’État dans un contexte de guerre civile dévastatrice qui opposait le gouvernement algérien aux groupes armés islamistes. Cette période, connue sous le nom de « décennie noire », a coûté la vie à des dizaines de milliers de civils et plongé le pays dans une spirale de violence sans précédent depuis l’indépendance de 1962. Face à cette tragédie nationale, Zeroual avait tenté d’amorcer une dynamique de dialogue, cherchant à ouvrir des négociations avec certaines factions armées, une démarche saluée par une partie de l’opinion mais vivement critiquée par d’autres.
Un héritage politique entre dialogue et autorité
Élu président au suffrage universel direct en novembre 1995 lors d’un scrutin qui demeure controversé dans les annales politiques algériennes, Liamine Zeroual avait néanmoins réussi à incarner une forme de légitimité populaire dans un moment où l’État cherchait à se reconstruire. Il avait également supervisé l’adoption d’une nouvelle Constitution en 1996, qui avait notamment introduit un Sénat et interdit les partis politiques à base religieuse, ethnique ou régionale. Ces réformes institutionnelles ont profondément reconfiguré le paysage politique algérien pour les décennies suivantes.
Sa décision de quitter le pouvoir de manière anticipée en 1999, ouvrant ainsi la voie à l’élection d’Abdelaziz Bouteflika, avait surpris l’ensemble de la classe politique et de la communauté internationale. Cet acte, rare dans le contexte des gouvernances africaines de l’époque, lui avait valu une certaine forme de respect, même parmi ses détracteurs. Depuis lors, Zeroual vivait dans une retraite discrète, loin des projecteurs, refusant toute implication publique dans les débats politiques qui ont agité l’Algérie, notamment lors du soulèvement populaire du Hirak en 2019.
Une disparition qui résonne au-delà des frontières
La mort de Liamine Zeroual intervient dans un contexte régional particulièrement tendu. Le Maghreb traverse une période de recomposition géopolitique accélérée, entre les rivalités persistantes entre Alger et Rabat, les turbulences au Sahel et les répercussions des conflits au Moyen-Orient sur les équilibres internes des sociétés arabes. Dans ce tableau mouvementé, la disparition d’un acteur ayant traversé la guerre froide, la décolonisation et la mondialisation rappelle à quel point la stabilité des institutions demeure un enjeu central pour les États africains en quête de souveraineté durable.
Au sein du monde arabe et africain, plusieurs dirigeants devraient exprimer leurs condoléances dans les prochaines heures, témoignant de l’empreinte laissée par l’ancien président sur la scène diplomatique continentale. L’Algérie, puissance régionale incontournable et acteur clé dans les négociations de paix au Sahel et en Libye, perdait avec Zeroual l’un des rares hommes d’État ayant connu de l’intérieur les arcanes du pouvoir militaro-civil qui structure le système politique algérien depuis des décennies.
Alors que l’Algérie s’apprête à organiser des funérailles officielles à la hauteur du rang de l’ancien chef de l’État, la question de la transmission mémorielle et de l’écriture de l’histoire de la décennie noire reste entière, posant avec acuité le défi de la réconciliation nationale dans un pays qui n’a jamais pleinement soldé les comptes de ses années de plomb.











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