Iran : plus de 120 musées et sites historiques endommagés par les frappes israélo-américaines

En moins d’un mois de conflit, les frappes menées conjointement par Israël et les États-Unis sur le territoire iranien auraient causé des dommages considérables au patrimoine culturel et historique du pays. Selon les autorités iraniennes, au moins 120 musées et bâtiments historiques ont été touchés, soulevant une vague d’indignation internationale sur la destruction du patrimoine mondial de l’humanité.

Les chiffres ont été rendus publics vendredi 27 mars par les autorités iraniennes, qui ont dénoncé ce qu’elles qualifient d’attaques délibérées contre la mémoire civilisationnelle d’un peuple. Selon les informations relayées par RFI Moyen-Orient, au moins 120 musées et édifices historiques auraient subi des dommages depuis le début des hostilités. Ces données n’ont toutefois pas pu être vérifiées de manière indépendante, une situation fréquente en temps de guerre où l’accès aux zones de conflit reste limité pour les journalistes et les observateurs internationaux.

L’Iran est l’un des pays les plus riches du monde en termes de patrimoine historique. Héritier des grandes civilisations perse, médo-perse et sassanide, le pays abrite des dizaines de sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, parmi lesquels Persépolis, Pasargades, Isfahan et Suse. La destruction, même partielle, de ces témoignages millénaires constituerait une perte irréparable non seulement pour l’Iran, mais pour l’ensemble de l’humanité. Des archéologues et historiens du monde entier ont déjà tiré la sonnette d’alarme face à cette menace culturelle sans précédent dans la région.

Cette situation rappelle douloureusement les destructions perpétrées par le groupe État islamique en Irak et en Syrie au cours de la décennie précédente, où des sites comme Palmyre, Nimroud et Hatra avaient été réduits à l’état de ruines. La communauté internationale avait alors condamné unanimement ces actes de vandalisme culturel. Aujourd’hui, la question se pose avec une acuité renouvelée : dans quelle mesure le droit international humanitaire protège-t-il efficacement le patrimoine culturel en temps de conflit armé ?

La Convention de La Haye de 1954, ratifiée par de nombreux États, interdit expressément les attaques délibérées contre des biens culturels en période de guerre. Israël et les États-Unis sont respectivement signataires ou observateurs de plusieurs conventions internationales encadrant la protection du patrimoine en temps de conflit. Pourtant, les accusations portées par Téhéran suggèrent que ces engagements juridiques n’ont pas suffi à préserver les trésors culturels iraniens des destructions.

Du côté africain, plusieurs voix se sont élevées pour condamner l’escalade militaire au Moyen-Orient. L’Union africaine, dont de nombreux États membres entretiennent des relations diplomatiques et économiques avec l’Iran, a appelé à plusieurs reprises à un cessez-le-feu et à une solution négociée. Des pays comme l’Afrique du Sud, l’Algérie et le Nigeria ont exprimé leur préoccupation face à la déstabilisation de la région, qui affecte directement les routes commerciales et les approvisionnements énergétiques mondiaux, dont dépendent aussi plusieurs économies africaines.

Sur le plan géopolitique, ce conflit s’inscrit dans une confrontation plus large entre l’Iran et ses adversaires régionaux et occidentaux, alimentée par des années de tensions autour du programme nucléaire iranien, du soutien de Téhéran à des mouvements armés au Proche-Orient, et des ambitions hégémoniques des différents acteurs impliqués. L’entrée en guerre directe des États-Unis aux côtés d’Israël marque un tournant majeur dans l’équilibre des forces au Moyen-Orient, dont les répercussions pourraient se faire sentir bien au-delà de la région.

Alors que les combats se poursuivent et que le bilan humain et matériel continue de s’alourdir, la question de la protection du patrimoine culturel iranien illustre, une fois de plus, le visage le plus tragique de la guerre : celui qui efface les traces d’une civilisation et prive les générations futures d’une mémoire collective irremplaçable, dont la reconstruction, si elle est seulement possible, prendra des décennies.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.