En l’espace de trente jours, le monde a basculé dans une crise énergétique sans précédent. Depuis l’attaque américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, les prix du pétrole et du gaz se sont envolés, le détroit d’Ormuz est paralysé et les économies les plus vulnérables, notamment africaines, subissent de plein fouet les conséquences d’un conflit qu’elles n’ont pas choisi.
Une frappe aux conséquences immédiates sur les marchés mondiaux
Le 28 février, lorsque les premiers rapports ont confirmé des frappes conjointes américano-israéliennes sur le territoire iranien, les marchés financiers mondiaux n’ont pas attendu l’aube pour réagir. En quelques heures, le baril de Brent a bondi de plus de 18 %, atteignant des niveaux inédits depuis la crise de 2022. Le gaz naturel liquéfié a suivi la même trajectoire ascendante, mettant sous pression des économies entières déjà fragilisées par des années d’instabilité post-pandémique. Selon les analyses relayées par Le Monde, cette flambée s’explique avant tout par la menace directe qui pèse désormais sur le détroit d’Ormuz, ce corridor maritime stratégique par lequel transite environ 20 % de l’approvisionnement pétrolier mondial.
Le détroit d’Ormuz, nerf de la guerre économique
Dès les premiers jours de mars, Téhéran a annoncé des mesures de rétorsion économique, menaçant explicitement de bloquer le passage dans le détroit d’Ormuz. Si cette menace n’a pas encore été pleinement exécutée, les compagnies maritimes ont immédiatement dérouté leurs tankers, faisant grimper les coûts d’assurance et les délais de livraison. Le marché mondial du pétrole, déjà sous tension depuis les décisions de l’OPEP+ en 2024, s’est retrouvé pris en étau entre une offre réduite et une demande toujours soutenue par la reprise industrielle asiatique. Les analystes économiques parlent désormais d’un choc d’offre comparable, voire supérieur, à celui de 1973.
Moscou, grand bénéficiaire inattendu
Paradoxalement, c’est la Russie qui tire le plus grand profit de cette crise. Le Kremlin, dont les exportations pétrolières restaient sous pression des sanctions occidentales, a vu ses recettes repartir à la hausse grâce à l’envolée des cours. Les acheteurs asiatiques, notamment l’Inde et la Chine, se sont rués sur le brut russe proposé avec une légère décote mais dans un contexte de prix globaux très élevés, offrant à Moscou une bouffée d’oxygène financière considérable au moment où son économie de guerre en avait le plus besoin.
L’Afrique, victime collatérale d’une guerre qui n’est pas la sienne
Pour le continent africain, ce choc énergétique représente une menace économique grave et immédiate. Les pays importateurs de pétrole, comme le Sénégal dans sa phase de transition énergétique, le Kenya, la Côte d’Ivoire ou encore l’Éthiopie, voient leur facture d’importation exploser, pesant lourdement sur des budgets nationaux déjà contraints. Les devises locales subissent des pressions à la baisse face au dollar, lui-même volatil dans ce contexte géopolitique. Le coût des transports, de l’électricité et des produits alimentaires transformés repart à la hausse, menaçant directement le pouvoir d’achat des populations les plus précaires. Même les pays producteurs comme le Nigeria ou l’Angola, qui pourraient théoriquement bénéficier de la hausse des cours, peinent à en tirer profit rapidement en raison de leurs contraintes infrastructurelles et de leurs engagements contractuels à long terme.
Une architecture géopolitique durablement fragilisée
Au-delà des chiffres, c’est toute l’architecture des relations internationales au Moyen-Orient qui se retrouve ébranlée. Les pays du Golfe, pris entre leurs liens historiques avec Washington et leurs intérêts économiques vitaux avec Téhéran, naviguent en eaux troubles. L’Arabie Saoudite, qui avait amorcé un timide rapprochement diplomatique avec l’Iran sous médiation chinoise en 2023, se retrouve à nouveau contrainte de choisir son camp. La Ligue arabe a convoqué une réunion d’urgence sans parvenir à un consensus, révélant les fractures profondes qui traversent le monde arabe face à cette crise. L’Union africaine, pour sa part, a appelé à la désescalade et au respect du droit international, sans disposer des leviers nécessaires pour peser sur le cours des événements.
Un mois après l’attaque du 28 février, la question centrale reste entière : jusqu’où ira l’escalade, et les économies les plus vulnérables du monde auront-elles les ressources et le temps nécessaires pour absorber un choc dont personne ne voit encore la fin ?











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