Macky Sall recalé par l’Union africaine dans sa course au secrétariat général de l’ONU

L’ancien président sénégalais Macky Sall voit ses ambitions onusiennes sérieusement compromises. Les États membres de l’Union africaine ont refusé d’accorder leur soutien collectif à sa candidature pour succéder à António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations Unies, infligeant un revers diplomatique majeur à celui qui espérait incarner la voix du continent sur la scène mondiale.

Un camouflet diplomatique pour l’ex-président sénégalais

Selon les informations relayées par Jeune Afrique, les chefs d’État et gouvernements membres de l’Union africaine n’ont pas jugé opportun de rallier unanimement la candidature de Macky Sall pour le poste de secrétaire général des Nations Unies. Cette décision, prise en concertation au sein des instances continentales, prive l’ancien chef de l’État sénégalais du précieux sésame que représente le soutien officiel du bloc africain, lequel compte 55 membres et dispose d’un poids considérable dans les votes à l’Assemblée générale des Nations Unies.

Macky Sall, qui a quitté la présidence du Sénégal en mars 2024 après deux mandats, avait manifesté son intérêt pour succéder au diplomate portugais António Guterres, dont le second mandat à la tête de l’ONU s’achève en décembre 2026. Fort de son expérience à la tête du Sénégal et de son passage à la présidence de l’Union africaine en 2022-2023, l’ex-président misait sur sa stature continentale et ses réseaux diplomatiques pour s’imposer comme le candidat naturel de l’Afrique.

L’Afrique, un continent divisé face aux enjeux de gouvernance mondiale

Ce refus de l’Union africaine de se ranger derrière Macky Sall illustre une fois de plus les profondes divisions qui traversent le continent lorsqu’il s’agit de se positionner collectivement sur la scène internationale. Plusieurs capitales africaines auraient émis des réserves quant à la légitimité ou à l’opportunité de la candidature, certains États préférant ménager leurs propres marges de manoeuvre diplomatiques ou soutenir d’autres profils potentiels pour ce poste stratégique.

Le secrétariat général de l’ONU est, depuis la fondation de l’organisation en 1945, un poste d’une importance géopolitique capitale. Dans un contexte mondial marqué par les tensions entre grandes puissances, la guerre en Ukraine, les crises persistantes au Moyen-Orient et la montée en puissance de nouvelles alliances comme les BRICS, la question de qui dirigera l’ONU à partir de 2027 revêt une signification particulière. L’Afrique, qui abrite 17 des 54 pays les moins avancés selon les classements onusiens et qui est directement affectée par les décisions du Conseil de sécurité, a tout intérêt à peser de tout son poids dans ce choix.

Une candidature affaiblie mais pas nécessairement abandonnée

L’absence de soutien formel de l’Union africaine ne signifie pas nécessairement la fin des ambitions de Macky Sall. Des candidatures individuelles peuvent prospérer en dehors du cadre continental, à condition de mobiliser des soutiens bilatéraux suffisamment solides. Plusieurs anciens secrétaires généraux de l’ONU ont accédé au poste sans bénéficier d’un soutien régional monolithique, en jouant sur les équilibres entre grandes puissances permanentes du Conseil de sécurité, à savoir les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie et la Chine.

Toutefois, dans le cas de Macky Sall, le signal envoyé par Addis-Abeba est lourd de sens. Il met en lumière les fragilités de sa position au sein même du continent qu’il ambitionnait de représenter, et pose la question de sa capacité à rassembler au-delà des frontières sénégalaises. Son bilan à la tête du Sénégal, notamment les controverses liées à la répression des opposants et à la gestion de la fin de son mandat, a pu susciter des réticences chez certains partenaires africains.

Alors que la course à la succession de Guterres s’annonce âprement disputée et que plusieurs régions du monde entendent placer leurs pions dans ce jeu diplomatique de haute volée, l’échec de Macky Sall à fédérer le continent africain autour de sa candidature soulève une question fondamentale : l’Afrique sera-t-elle en mesure de parler d’une seule voix pour peser sur le destin de l’institution multilatérale la plus importante du monde ?

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.