G7 d’Évian : la France sacrifie l’Afrique du Sud sur l’autel de Washington — et de Tel-Aviv

C’est une humiliation diplomatique servie froide, et enveloppée dans le langage policé des chancelleries. La présidence sud-africaine a annoncé que le président Cyril Ramaphosa n’était plus invité par la France à participer au sommet du G7 qui doit se tenir en juin à Évian, en raison de pressions américaines. Une invitation retirée dans le dos d’un partenaire, au mépris des engagements personnels pris par Emmanuel Macron lui-même.

Macron avait promis, Macron a capitulé

Les faits sont limpides et accablants pour Paris. C’est le président Emmanuel Macron qui, lors du sommet du G20 en Afrique du Sud, avait personnellement invité Cyril Ramaphosa à participer au G7. Quelques mois plus tard, sous la pression de Washington, cette invitation est discrètement annulée. La parole de la France ne vaut plus rien — à supposer qu’elle ait jamais valu grand-chose pour le continent africain.

Le porte-parole de la présidence sud-africaine, Vincent Magwenya, a été clair : « On nous dit que les Américains ont menacé de boycotter le sommet du G7 si l’Afrique du Sud était invitée. » Une information que Washington s’est empressé de démentir, avant que Paris ne s’abrite derrière un argument de façade.

L’alibi Kenya : une couverture grossière

Acculé, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a tenté d’habiller la capitulation en choix souverain. Il a assuré que son pays n’avait « cédé à aucune pression » mais avait fait le choix d’un « G7 resserré » et d’inviter le Kenya pour préparer le grand sommet de la France sur le continent africain en mai à Nairobi, Africa Forward.

L’argument ne tient pas. Rien n’empêchait Paris d’inviter à la fois le Kenya et l’Afrique du Sud. Le choix est politique, non logistique. Il s’agit de ne pas froisser Donald Trump, quitte à trahir Pretoria.

Pourquoi l’Afrique du Sud est dans le viseur de Washington

Pour comprendre ce coup de force américain, il faut nommer ce que Trump ne supporte pas : les relations entre Washington et Pretoria se sont fortement dégradées depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Le président américain accuse notamment l’Afrique du Sud de persécuter les fermiers blancs et critique sa position sur la guerre à Gaza. L’Afrique du Sud a récemment saisi la Cour internationale de Justice pour dénoncer des actes de génocide visant Israël, une initiative vivement contestée par Washington.

On ne saurait être plus clair : c’est le courage de Pretoria devant la Cour internationale de Justice — où l’Afrique du Sud a osé nommer le génocide à Gaza — qui lui vaut aujourd’hui d’être bannie des enceintes diplomatiques occidentales. Exclue du G20 dont les États-Unis assurent la présidence cette année, et désormais mise à l’écart du G7 présidé par la France, Pretoria ne sera invité à aucune réunion du G20 dont Washington assure la présidence jusqu’au sommet qui doit se tenir en décembre 2026 à Miami.

La France, vassale consentante

Paris n’est pas une victime dans cette affaire. C’est un acteur. La France préside le G7, ce qui lui confère une autorité pleine et entière sur la liste des invités. Elle a choisi de l’exercer au profit de Trump — et, en creux, au bénéfice d’Israël, dont Washington protège les intérêts à chaque tribune internationale.

Ce n’est pas la première fois que la France, donneuse de leçons sur la scène mondiale, s’efface dès que les intérêts américains entrent en jeu. La rhétorique macroniste sur l’« autonomie stratégique européenne » prend ici tout son vide. Quand l’heure de la vérité arrive, Paris s’incline.

L’Afrique du Sud, elle, garde la tête haute. Le porte-parole de la présidence a précisé que la décision de ne plus inviter Ramaphosa « n’aura pas d’impact sur la solidité et le caractère étroit de notre relation bilatérale avec la France ». Pretoria choisit la dignité là où Paris choisit la servilité.

Une leçon pour l’Afrique

Cette séquence révèle, une fois de plus, la réalité du « partenariat » que l’Occident propose à l’Afrique : une relation conditionnelle, suspendue à la bonne volonté de Washington et des capitales européennes. Dès qu’un pays africain ose se tenir debout — devant la CIJ, aux Nations Unies, dans les BRICS — il est sanctionné, marginalisé, exclu.

L’Afrique du Sud n’a pas besoin du G7. C’est le G7 qui a besoin de l’Afrique, de ses ressources, de ses marchés, de sa jeunesse. Plus tôt le continent l’intégrera dans sa doctrine diplomatique, plus tôt il cessera de mendier une place à des tables qui ne lui appartiennent pas.


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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.