Le Caire, réputée pour être l’une des métropoles les plus animées du monde, celle que l’on surnomme volontiers « la ville qui ne dort jamais », s’est résignée à éteindre ses lumières plus tôt que d’habitude. Face à une flambée des prix de l’énergie directement liée aux tensions militaires au Moyen-Orient, les autorités égyptiennes ont imposé un couvre-feu commercial contraignant les commerçants à fermer boutique à 21h ou 22h selon les quartiers. Une mesure inédite qui bouscule les habitudes d’une population habituée à vivre bien après minuit.
Une capitale contrainte d’aller se coucher
Depuis plusieurs semaines, les rues du centre du Caire, habituellement grouillantes de vie jusque tard dans la nuit, se vident à une heure inhabituelle. Cafés, restaurants, boutiques de vêtements et marchés de rue doivent désormais baisser le rideau bien avant que la nuit ne soit à son plein régime. Le gouvernement égyptien justifie cette décision par la nécessité de réduire significativement la consommation nationale d’électricité, dans un contexte où le coût de l’énergie a atteint des niveaux historiquement élevés. Selon un reportage diffusé par France 24, de nombreux commerçants interrogés sur place disent comprendre la logique économique derrière ces restrictions, tout en soulignant les difficultés concrètes qu’elles engendrent sur leur chiffre d’affaires quotidien.
La guerre au Moyen-Orient, détonateur d’une crise régionale
Pour comprendre la profondeur de cette crise, il faut regarder au-delà des frontières égyptiennes. La recrudescence des conflits armés dans la région du Moyen-Orient, impliquant notamment des frappes en mer Rouge et des perturbations des routes d’approvisionnement en hydrocarbures, a provoqué une hausse sensible des prix du gaz naturel et du pétrole sur les marchés internationaux. L’Égypte, qui dépend en partie de ses importations énergétiques pour alimenter ses centrales électriques, subit de plein fouet les contrecoups de cette instabilité géopolitique. La tension entre puissances régionales, dont l’Iran dont l’influence déstabilisatrice s’étend sur plusieurs théâtres d’opérations, continue de peser lourdement sur les économies des pays riverains.
Une économie égyptienne déjà sous pression
Cette mesure s’inscrit dans un contexte économique national déjà fragilisé. L’Égypte traverse depuis plusieurs années une période de forte pression financière, marquée par une dépréciation importante de la livre égyptienne, une inflation galopante et des négociations tendues avec le Fonds monétaire international pour obtenir des lignes de crédit supplémentaires. Le secteur touristique, pilier traditionnel de l’économie nationale, peine à compenser les déficits enregistrés dans d’autres secteurs. Dans ce contexte, chaque kilowattheure économisé grâce au couvre-feu commercial représente une économie budgétaire non négligeable pour l’État, qui subventionne encore partiellement l’électricité destinée aux ménages les plus modestes.
Un quotidien profondément perturbé
Sur le terrain, les témoignages recueillis par France 24 dressent un tableau nuancé. Si une majorité de Cairotes acceptent le sacrifice comme un geste de solidarité nationale, beaucoup pointent les effets en cascade sur leur vie quotidienne : les livraisons tardives impossibles, les sorties familiales raccourcies, les restaurateurs qui voient leur clientèle du soir fondre comme neige au soleil. Les petits commerçants informels, qui tirent souvent l’essentiel de leurs revenus des heures nocturnes lorsque la chaleur du jour est retombée, sont parmi les plus touchés par ces restrictions. Cette réalité sociale n’est pas sans rappeler les tensions similaires observées dans d’autres pays africains confrontés à des pénuries d’électricité chroniques, du Nigeria à la Zambie en passant par le Zimbabwe.
Un modèle qui pourrait faire école
La décision égyptienne soulève une question plus large pour l’ensemble du continent africain et des pays en développement : jusqu’où les États peuvent-ils contraindre leurs populations à réduire leur consommation d’énergie face à des chocs exogènes sur lesquels ils n’ont aucune prise ? Dans un monde où la transition énergétique est présentée comme une priorité absolue, mais où les investissements dans les énergies renouvelables peinent à suivre la demande croissante des métropoles africaines en pleine expansion démographique, les couvre-feux commerciaux risquent d’apparaître comme des pansements sur des plaies bien plus profondes. L’avenir dira si l’Égypte parviendra à stabiliser sa situation énergétique avant que la patience de ses citoyens, elle, ne vienne à s’épuiser.











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