Agroalimentaire en Afrique : Rita Maria Zniber annonce une recomposition stratégique majeure pour 2026

À la tête de Diana Holding, l’un des groupes agroalimentaires les plus puissants du continent, Rita Maria Zniber tire la sonnette d’alarme et dessine les contours d’une transformation profonde du secteur. Souveraineté alimentaire, gestion de l’eau, financement : l’année 2026 s’annonce comme un tournant décisif pour l’agro-industrie africaine.

Un secteur sous pression, un continent à la croisée des chemins

Dans un entretien accordé au magazine Jeune Afrique, Rita Maria Zniber, présidente-directrice générale de Diana Holding, dresse un tableau nuancé mais ambitieux de l’état de l’agroalimentaire en Afrique. Pour cette figure incontournable du monde des affaires marocain, le secteur traverse une phase de recomposition qui dépasse les frontières du Maroc et concerne l’ensemble du continent africain. « Au Maroc, comme sur l’ensemble du continent, le secteur agroalimentaire entre dans une phase de recomposition stratégique », affirme-t-elle, posant d’emblée le cadre d’une réflexion qui engage bien plus qu’un seul groupe industriel.

Cette recomposition s’inscrit dans un contexte mondial particulièrement tendu. Les crises successives — pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, instabilité des marchés des matières premières — ont mis en lumière la fragilité des chaînes d’approvisionnement alimentaires mondiales. L’Afrique, continent dont la population devrait atteindre deux milliards d’habitants d’ici 2050, ne peut se permettre de rester spectateur de ces bouleversements. La question de la souveraineté alimentaire, longtemps reléguée au second plan derrière les impératifs de croissance économique, s’impose désormais comme une priorité stratégique absolue.

L’eau, nerf de la guerre agricole

Parmi les défis identifiés par la dirigeante de Diana Holding, la gestion des ressources en eau occupe une place centrale. Le Maroc, comme de nombreux pays africains, fait face à une pression hydrique croissante, exacerbée par les effets du changement climatique. Les sécheresses répétées qui ont frappé le nord du continent ces dernières années ont révélé la vulnérabilité structurelle d’un modèle agricole encore trop dépendant des aléas climatiques. À l’échelle régionale, cette problématique trouve des résonances particulières : du Sahel à la Corne de l’Afrique, la raréfaction de l’eau menace directement la capacité productive des exploitations agricoles et, par ricochet, la sécurité alimentaire de populations entières.

Cette réalité n’est pas sans rappeler les tensions géopolitiques qui agitent d’autres régions du monde. Au Moyen-Orient, la maîtrise des ressources hydriques constitue depuis des décennies un enjeu de souveraineté nationale, voire un facteur de conflits latents entre États. L’Iran, Israël, la Jordanie et l’Irak ont tous, à des degrés divers, fait de la gestion de l’eau un pilier de leur politique agricole et de sécurité nationale. L’Afrique devra tirer les leçons de ces expériences si elle entend construire une résilience alimentaire durable.

Le financement, talon d’Achille du développement agro-industriel

Au-delà de la question hydrique, Rita Maria Zniber pointe également les défis liés au financement du secteur agroalimentaire. Les investissements nécessaires à la modernisation des infrastructures, à l’adoption de technologies agricoles avancées et à la structuration des filières sont considérables, et les sources de capitaux disponibles sur le continent restent insuffisantes au regard des besoins. Les institutions financières africaines, à l’image de la Banque Africaine de Développement, multiplient certes les programmes dédiés à l’agriculture, mais le secteur privé peine encore à mobiliser des financements à la hauteur des ambitions affichées.

Diana Holding se positionne dans ce contexte comme un acteur de référence, engagé dans une transformation interne qui doit aussi servir de modèle pour l’ensemble de la filière. Le groupe, dont les activités couvrent plusieurs segments de l’agroalimentaire marocain, entend capitaliser sur l’année 2026 pour accélérer sa mutation stratégique, tant sur le plan de l’organisation interne que de son empreinte continentale.

2026, année charnière d’un nouveau paradigme africain

L’horizon 2026 revêt une importance symbolique et opérationnelle particulière. À l’échelle du continent, plusieurs échéances convergent : mise en oeuvre progressive de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), objectifs climatiques fixés dans le cadre des accords internationaux, et montée en puissance d’une nouvelle génération d’entrepreneurs africains décidés à repositionner leurs économies nationales sur des bases plus solides et plus souveraines.

Pour Rita Maria Zniber, cette convergence d’enjeux n’est pas une menace mais une opportunité historique. La recomposition stratégique qu’elle appelle de ses voeux implique une coordination accrue entre acteurs publics et privés, une meilleure intégration des chaînes de valeur régionales et une volonté politique sans faille de soutenir le développement d’un secteur agroalimentaire africain compétitif et résilient.

Alors que le continent africain cherche à affirmer sa place dans un ordre mondial en pleine recomposition, la question de savoir si les acteurs économiques, les États et les institutions financières sauront se coordonner à temps pour transformer ces ambitions en réalités tangibles reste entière et plus urgente que jamais.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.