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Cinéma nigérian : « Un jour avec mon père » ausculte l’histoire politique à travers les yeux de l’enfance

Le premier long-métrage du réalisateur britannico-nigérian Akinola Davies Jr s’impose comme l’une des œuvres cinématographiques africaines les plus remarquées de ce début d’année. Ancré dans le Nigeria tumultueux des années 1990, le film tisse avec une rare délicatesse les fils de l’intime et du politique, offrant au spectateur une plongée sensorielle et mémorielle dans une époque charnière du continent africain.

Un récit fondé sur la mémoire et la transition démocratique

« Un jour avec mon père » prend pour cadre le Nigeria du début des années 1990, période marquée par une transition démocratique aussi espérée qu’incertaine. Le pays, alors sous la férule de régimes militaires successifs, traversait une séquence politique des plus instables. C’est dans ce contexte que le général Ibrahim Babangida avait promis un retour au pouvoir civil, une promesse qui sera finalement trahie en 1993 avec l’annulation des élections remportées par Moshood Abiola, plongeant la nation dans une crise profonde. Akinola Davies Jr choisit précisément cet intervalle trouble comme toile de fond de son récit, donnant ainsi une épaisseur historique indéniable à ce qui se présente d’abord comme une chronique familiale.

Le film suit deux enfants qui accompagnent leur père lors d’une journée dont la banalité apparente se révèle progressivement chargée de sens. Par le regard de ces deux jeunes protagonistes, le réalisateur parvient à restituer l’atmosphère d’un pays en suspens, où les adultes portent le poids d’un avenir incertain tandis que les enfants absorbent, sans toujours les comprendre, les tensions qui traversent leur environnement. Cette posture narrative, empruntée à la tradition du cinéma d’auteur mondial, confère au film une dimension universelle tout en demeurant profondément enraciné dans la réalité nigériane.

Une écriture cinématographique saluée pour sa finesse

Comme le souligne Le Monde Afrique dans sa critique du film, l’œuvre articule avec finesse émotion et contexte historique troublé. La mise en scène d’Akinola Davies Jr se distingue par sa capacité à ne jamais sacrifier l’une au profit de l’autre. Les séquences intimistes, filmées au plus près des corps et des visages, coexistent naturellement avec des plans plus larges qui laissent entrevoir le monde extérieur, bruyant et agité. Cette tension formelle traduit l’expérience même de l’enfance en temps de crise politique : un espace protégé mais perméable, où la grande histoire s’infiltre dans les gestes du quotidien.

Le choix de placer deux enfants au centre du dispositif narratif n’est pas anodin. Dans la tradition du cinéma africain, de Ousmane Sembène à Mahamat-Saleh Haroun, l’enfance a souvent servi de prisme pour interroger les sociétés post-coloniales, leurs contradictions et leurs aspirations. Akinola Davies Jr s’inscrit dans cette lignée tout en apportant une sensibilité contemporaine nourrie de son double ancrage culturel entre le Royaume-Uni et le Nigeria. Son regard, à la fois intérieur et extérieur, lui permet d’éviter les écueils du folklore comme ceux du regard surplombant.

Un premier film qui affirme une voix cinématographique africaine

Pour un premier long-métrage, l’ambition artistique d’Akinola Davies Jr est frappante. Le réalisateur, déjà reconnu dans le milieu du court-métrage et de la publicité, confirme avec ce film sa capacité à construire un récit de long souffle, maîtrisant aussi bien le rythme que la direction d’acteurs. Les deux jeunes interprètes principaux offrent des performances d’une authenticité saisissante, portant sur leurs épaules la charge émotionnelle et symbolique d’un film qui ne leur ménage pourtant aucune facilité narrative.

Dans un paysage cinématographique africain en pleine recomposition, où Nollywood continue de dominer par le volume de production tout en cherchant à élever ses standards artistiques, « Un jour avec mon père » représente une voie différente : celle d’un cinéma d’auteur exigeant, refusant les compromis commerciaux au profit d’une vision cohérente et personnelle. Ce positionnement interroge également les conditions de production et de diffusion des films africains ambitieux, souvent contraints de chercher des financements et une visibilité hors du continent.

Alors que plusieurs cinéastes africains de la diaspora affirment aujourd’hui une présence accrue dans les festivals internationaux, « Un jour avec mon père » pose la question de la place que le continent lui-même est prêt à accorder à ces voix singulières, et de la manière dont les récits historiques nationaux peuvent nourrir une mémoire collective africaine à l’écran.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.