Gabon : les Bongo lancent une contre-offensive judiciaire depuis l’Europe face à la junte d’Oligui Nguema

Condamnés par contumace à vingt ans de prison par les autorités gabonaises, Noureddin et Sylvia Bongo n’ont nullement l’intention de se laisser réduire au silence. Depuis leur exil européen, l’ancienne famille présidentielle a déclenché une bataille juridique et médiatique d’envergure contre le régime du général Brice Clotaire Oligui Nguema, qui gouverne le Gabon depuis le coup d’État d’août 2023.

Selon des informations relayées par Jeune Afrique, les Bongo ont déposé des plaintes pour torture devant les juridictions françaises, une démarche qui pourrait embarrasser Libreville sur la scène internationale. La France, ancienne puissance coloniale et partenaire historique du Gabon, se retrouve ainsi placée en position délicate, contrainte de traiter des accusations graves impliquant un régime militaire avec lequel elle entretient des relations complexes depuis la prise du pouvoir par les putschistes.

Parallèlement à cette offensive judiciaire à Paris, l’ancienne famille présidentielle a adressé une mise en demeure au Parti Démocratique Gabonais (PDG), formation politique fondée par Omar Bongo et qui a gouverné le pays pendant plus de cinq décennies. Cette démarche vise manifestement à contester le contrôle ou l’utilisation des ressources du parti par les nouvelles autorités. Les Bongo auraient également lancé une offensive directe contre le procureur en charge de leur dossier à Libreville, cherchant à discréditer les poursuites engagées contre eux.

Cette confrontation judiciaire transnationale illustre une tendance de plus en plus marquée sur le continent africain : celle d’anciennes élites déchues qui utilisent les systèmes juridiques occidentaux comme tribune et comme bouclier face aux régimes qui les ont renversées. Le phénomène n’est pas propre au Gabon. En Guinée, au Mali ou au Burkina Faso, des figures de l’ancien ordre politique ont également tenté, avec des fortunes diverses, de peser sur leur destin depuis l’étranger.

La situation des Bongo est cependant particulière. Sylvia Bongo, épouse de l’ex-président Ali Bongo Ondimba, et Noureddin, leur fils, sont devenus les visages de la résistance de l’ancienne classe dirigeante gabonaise. Leur condamnation par contumace, prononcée en leur absence, est perçue par leurs avocats comme une procédure expéditive destinée à les neutraliser politiquement plutôt qu’à rendre une justice équitable.

Du côté de Libreville, le régime de transition dirigé par Oligui Nguema se présente comme un gouvernement de rupture, engagé dans la lutte contre la corruption et les dérives de l’ancien régime. Les autorités de la transition ont fait de la mise en cause des Bongo un élément central de leur narratif de légitimation, au moment où elles préparent un retour à l’ordre constitutionnel dont les contours restent encore flous.

L’issue de cette guerre juridique à distance, qui se joue simultanément à Paris, Libreville et devant l’opinion internationale, pourrait avoir des répercussions profondes sur la stabilité politique du Gabon et sur la crédibilité des processus de transition en cours dans plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’Ouest.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
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