Le Sahel devient l’épicentre mondial de la violence terroriste en 2025

Le Sahel concentre désormais près de la moitié des décès liés au terrorisme recensés dans le monde en 2025. Un chiffre alarmant qui témoigne de la dégradation sécuritaire profonde d’une région déjà fragilisée par des décennies d’instabilité politique, de pauvreté et de crises climatiques.

Selon un rapport publié par l’Institut for Economics and Peace (IEP), un groupe de réflexion australien de référence, les décès attribués à des actes terroristes au Sahel ont été multipliés par près de dix depuis 2019. Une trajectoire aussi brutale que préoccupante, qui place la région bien au-dessus de toutes les autres zones de conflits dans le monde, y compris le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, longtemps considérés comme les principaux foyers de violence extrémiste. C’est ce que rapporte Le Monde Afrique dans une analyse publiée en mars 2026.

Les pays les plus touchés restent le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois États au cœur de la crise sahélienne, où des groupes armés affiliés à Al-Qaïda — notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) — et à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) continuent d’étendre leur emprise territoriale et leur capacité de nuisance. Les populations civiles paient le prix le plus lourd de ces affrontements, prises en étau entre les violences djihadistes et les réponses militaires des forces nationales et de leurs alliés.

Cette montée en puissance du terrorisme sahélien intervient dans un contexte géopolitique particulièrement instable. Depuis 2021, une série de coups d’État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger a profondément reconfiguré les alliances sécuritaires dans la région. Le retrait des forces françaises et le désengagement progressif des missions internationales, dont la MINUSMA au Mali, ont laissé un vide que les juntes au pouvoir tentent de combler, notamment en faisant appel aux services du groupe paramilitaire russe Africa Corps, anciennement connu sous le nom de Wagner.

Au-delà des trois pays du cœur sahélien, l’instabilité se propage vers les pays côtiers du golfe de Guinée. Le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Ghana font face à des incursions de plus en plus fréquentes dans leurs zones septentrionales, signe que la frontière entre le Sahel et l’Afrique de l’Ouest dite « stable » s’efface progressivement. Les experts alertent depuis plusieurs années sur ce risque de contagion, qui menace l’ensemble de l’architecture sécuritaire régionale.

Les réponses apportées jusqu’ici — qu’elles soient militaires, diplomatiques ou de développement — peinent à endiguer la crise. L’Alliance des États du Sahel (AES), constituée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger après leur rupture avec la CEDEAO, entend construire une réponse souveraine et mutualisée face aux groupes armés. Mais les moyens restent limités, et les résultats sur le terrain demeurent insuffisants au regard de l’ampleur du défi.

La communauté internationale, les organisations régionales africaines et les États sahéliens eux-mêmes se trouvent aujourd’hui face à une question cruciale : quelle stratégie globale — alliant sécurité, gouvernance et développement — peut réellement inverser une dynamique qui, faute de rupture profonde, risque de faire du Sahel le théâtre principal de l’insécurité mondiale pour la prochaine décennie.

Avatar photo
El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
Quitter la version mobile