Soudan du Sud : 50 000 personnes chassées de chez elles alors que l’armée lance une offensive majeure dans le Jonglei

Le Soudan du Sud, nation déjà fragilisée par des décennies de conflits, se trouve une fois de plus au bord du gouffre. Quelque 50 000 civils ont été contraints de fuir leurs foyers dans l’État de Jonglei, après que l’armée nationale a annoncé le lancement d’une vaste offensive militaire dans cette région meurtrie du nord-est du pays.

Selon les informations relayées par BBC Afrique, les habitants de plusieurs localités ont reçu l’ordre d’évacuer leurs domiciles dans l’urgence, laissant derrière eux leurs biens, leur bétail et leurs terres. Les témoignages recueillis sur place décrivent des scènes de terreur et de désolation. « Le feu est tombé du ciel et les a consumés », confie un survivant, une formule qui résume à elle seule l’horreur vécue par des populations civiles prises en étau entre les forces gouvernementales et des groupes armés.

L’État de Jonglei est l’un des territoires les plus instables du Soudan du Sud. Il est depuis plusieurs années le théâtre d’affrontements récurrents entre l’armée nationale — les Forces de défense du peuple du Soudan du Sud (SSPDF) — et diverses milices communautaires, notamment celles affiliées à des groupes ethniques rivaux. Cette nouvelle escalade militaire ravive les craintes d’un retour à une guerre civile généralisée, dont le pays avait officiellement émergé grâce à l’accord de paix de 2018, signé après un conflit ayant fait des centaines de milliers de morts entre 2013 et 2018.

La situation humanitaire dans la région est catastrophique. Les organisations internationales présentes sur le terrain alertent sur le risque de famine et d’épidémies dans les camps de déplacés, où les conditions sanitaires sont précaires. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et plusieurs ONG ont déjà tiré la sonnette d’alarme face à l’afflux massif de familles déplacées, dont une grande majorité de femmes et d’enfants.

À l’échelle du continent africain, cette crise illustre une tendance préoccupante : plusieurs États fragiles d’Afrique subsaharienne, du Sahel à la Corne de l’Afrique, voient leurs processus de paix fragiles menacés par des résurgences de violences armées. Le Soudan du Sud partage d’ailleurs une frontière poreuse avec le Soudan, lui-même plongé depuis avril 2023 dans un conflit dévastateur entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR), compliquant davantage la gestion des flux de réfugiés dans toute la sous-région.

La communauté internationale, Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) en tête, est appelée à intensifier ses efforts de médiation pour éviter que cette offensive ne sonne le glas du fragile processus de paix en cours. Le gouvernement de Juba, de son côté, n’a pas encore fourni d’explication détaillée sur les objectifs stratégiques de cette opération militaire ni sur les mesures prévues pour protéger les populations civiles.

Alors que les regards du monde restent souvent tournés vers d’autres théâtres de crise, le sort des 50 000 déplacés du Jonglei pose avec acuité la question de la capacité de la communauté internationale à prévenir un nouveau cycle de violence dans l’un des pays les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.