Cacao : Koné plaide pour une alliance renforcée entre la Côte d’Ivoire et le Ghana face aux turbulences mondiales

Dans un contexte international marqué par l’instabilité des marchés et les pressions réglementaires croissantes, le nouveau ministre ivoirien de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, trace une feuille de route ambitieuse pour le secteur agricole. Souveraineté alimentaire, financement de la filière cacao et transformation locale constituent les piliers de cette vision stratégique.

Interrogé par Jeune Afrique, Bruno Nabagné Koné a affiché une conviction forte : les difficultés actuelles que traverse la filière cacao, loin de fragiliser la coopération régionale, pourraient au contraire constituer un catalyseur pour resserrer les liens entre Abidjan et Accra. La Côte d’Ivoire et le Ghana représentent à eux deux près de 60 % de la production mondiale de cacao, une position dominante qui confère aux deux nations un levier considérable sur les marchés internationaux, à condition toutefois qu’elles parlent d’une seule voix.

Cette solidarité cacaoyère s’incarne notamment dans l’initiative COPEC (Comité de Coordination des activités Cacao Côte d’Ivoire-Ghana), mécanisme conjoint créé en 2018 pour peser davantage dans les négociations avec les multinationales du chocolat. Face aux nouvelles exigences imposées par l’Union européenne — notamment le règlement sur la déforestation qui menace d’exclure des marchés les productions non certifiées — cette alliance apparaît plus nécessaire que jamais pour défendre les intérêts des producteurs africains.

Au-delà de la diplomatie agricole, le ministre ivoirien a insisté sur deux chantiers structurels urgents. Le premier concerne le financement du secteur : les planteurs, souvent privés d’accès aux crédits bancaires, peinent à moderniser leurs exploitations et à absorber les chocs climatiques répétés. Le second enjeu porte sur la compétitivité des filières dans un environnement économique mondial de plus en plus volatile, où les cours des matières premières agricoles subissent des variations brutales au détriment des économies productrices.

La question de la transformation locale occupe également une place centrale dans la stratégie du ministre. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao avec environ 2 millions de tonnes par an, ne transforme encore qu’une fraction limitée de sa récolte sur son territoire. Augmenter ce taux de transformation permettrait non seulement de capter davantage de valeur ajoutée, mais aussi de créer des emplois industriels et de réduire la dépendance aux aléas du marché international des fèves brutes. Cette ambition s’inscrit dans une dynamique plus large à l’échelle du continent africain, où de nombreux pays producteurs de matières premières — du Cameroun à l’Éthiopie en passant par la Tanzanie — cherchent à sortir du schéma historique de l’exportation brute pour développer des industries agro-alimentaires nationales.

La souveraineté alimentaire constitue l’autre pilier du discours du nouveau ministre, dans un pays où la dépendance aux importations de certains produits de base demeure une vulnérabilité structurelle. Diversifier la production agricole ivoirienne tout en consolidant les filières d’exportation représente un équilibre délicat, mais indispensable pour bâtir une agriculture résiliente.

Alors que les négociations commerciales entre l’Afrique et ses partenaires traditionnels s’annoncent plus complexes dans les années à venir, la capacité de la Côte d’Ivoire et du Ghana à transformer leurs contraintes communes en force collective déterminera en grande partie l’avenir du cacao africain sur l’échiquier mondial.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.