Mozambique : Kigali brandit la menace d’un retrait militaire et met la pression sur Maputo

La coopération militaire entre le Rwanda et le Mozambique traverse une zone de turbulences. Kigali a haussé le ton en menaçant de rappeler ses soldats déployés dans le nord du Mozambique, où ils combattent depuis plusieurs années les groupes jihadistes qui ensanglantent la province de Cabo Delgado. Une déclaration qui sonne comme un avertissement solennel adressé aux autorités mozambicaines.

C’est le chef de la diplomatie rwandaise qui a prononcé ces mots sans ambiguïté : « Nous sommes prêts à quitter le Mozambique si notre travail et nos réalisations ne sont pas valorisés ». Rapportée par Africanews FR, cette déclaration traduit une frustration croissante de Kigali face à ce qu’il perçoit comme un manque de reconnaissance pour l’effort militaire consenti par ses forces armées sur le sol mozambicain. Le ton ferme de cette sortie diplomatique marque une rupture notable avec la discrétion habituelle qui entoure cette coopération sécuritaire.

Depuis juillet 2021, le Rwanda a déployé plus d’un millier de soldats au Mozambique dans le cadre d’un accord bilatéral signé entre les deux pays. Ces troupes, réputées pour leur discipline et leur efficacité opérationnelle, ont joué un rôle déterminant dans la reconquête de plusieurs localités stratégiques dans la province de Cabo Delgado, notamment la ville de Mocímboa da Praia, tombée aux mains des insurgés affiliés à l’État islamique pendant plus d’un an. Les résultats obtenus sur le terrain ont largement contribué à stabiliser une région riche en ressources gazières, dont l’exploitation conditionne en partie l’avenir économique du Mozambique.

Au-delà de la dimension bilatérale, cette crise diplomatique soulève des questions fondamentales sur les mécanismes de coopération sécuritaire entre États africains. Dans un continent où les solutions africaines aux problèmes africains sont régulièrement invoquées comme principe directeur, l’engagement rwandais au Mozambique était souvent présenté comme un modèle de solidarité continentale. Voir cette alliance se fissurer envoie un signal préoccupant quant à la pérennité de tels partenariats, souvent tributaires d’équilibres politiques et financiers fragiles.

La tension entre Kigali et Maputo intervient également dans un contexte régional complexe. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a elle aussi déployé une force régionale au Mozambique, dont le retrait partiel en 2024 avait déjà fragilisé le dispositif sécuritaire dans le nord du pays. Un désengagement rwandais viendrait donc créer un vide supplémentaire, au risque de redonner de l’oxygène aux groupes armés qui, malgré les revers subis, n’ont pas été définitivement neutralisés.

Du côté de Maputo, aucune réponse officielle de haute portée n’avait encore été rendue publique au moment de la publication de cet article. Le silence des autorités mozambicaines contraste avec la vivacité du message rwandais et alimente les interrogations sur l’état réel des relations entre les deux capitales. Des négociations discrètes sont vraisemblablement en cours pour éviter une rupture aux conséquences potentiellement désastreuses pour la stabilité de Cabo Delgado.

L’issue de ce bras de fer diplomatique déterminera non seulement le sort de milliers de civils mozambicains encore exposés à la violence jihadiste, mais aussi la crédibilité des partenariats sécuritaires interafricains à l’heure où le continent cherche à s’affranchir de sa dépendance aux interventions extérieures.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.