Kenya : Equity Bank prépare sa filiale tech à conquérir l’Afrique comme M-Pesa

La révolution des paiements mobiles en Afrique pourrait bien connaître un nouveau chapitre. Equity Bank, l’un des groupes bancaires les plus puissants du continent, serait sur le point de transformer sa filiale technologique en une entité totalement indépendante, avec l’ambition déclarée de rivaliser avec le géant M-Pesa sur le terrain de la fintech africaine.

Selon des informations rapportées par Jeune Afrique, l’établissement de crédit kényan travaillerait activement à l’extraction de sa branche technologique pour en faire une société autonome. Le lancement opérationnel de cette nouvelle entité serait prévu pour le second semestre 2026, une échéance qui témoigne de la maturité du projet et du sérieux des ambitions portées par la direction du groupe. À sa tête, Sarah Kabira, jusqu’ici administratrice indépendante d’Equitel — la marque sous laquelle opère actuellement la filiale mobile d’Equity Bank — devrait prendre les rênes de cette nouvelle structure.

Ce repositionnement stratégique intervient dans un contexte de concurrence exacerbée sur le marché des services financiers mobiles en Afrique de l’Est. Depuis son lancement en 2007 par Safaricom et Vodafone, M-Pesa s’est imposé comme le modèle de référence mondial en matière de paiement mobile, pesant aujourd’hui des dizaines de millions d’utilisateurs actifs à travers le Kenya, la Tanzanie, le Mozambique ou encore la RDC. Répliquer ce succès constitue un objectif aussi ambitieux que périlleux.

Equity Bank n’est cependant pas un acteur ordinaire. Fondée en 1984 à Nairobi, l’institution financière s’est imposée comme l’une des banques les plus inclusives du continent, avec une présence dans six pays africains — Kenya, Ouganda, Tanzanie, Rwanda, RDC et Éthiopie — et plus de 15 millions de clients. Sa filiale Equitel, adossée à un opérateur de réseau mobile virtuel (MVNO), lui a permis de développer une offre de services financiers digitaux directement intégrée à la téléphonie mobile. L’autonomisation de cette activité vise manifestement à lui donner les coudées franches pour innover, lever des fonds spécifiques et s’étendre sans les contraintes réglementaires propres au secteur bancaire traditionnel.

La tendance à la séparation des activités fintech du corps bancaire classique s’observe d’ailleurs à l’échelle du continent. Du Nigeria au Sénégal, des groupes comme Access Bank ou la Société Générale Afrique ont entrepris des démarches similaires, cherchant à valoriser séparément leurs actifs numériques dans un secteur qui attire massivement les capitaux des investisseurs internationaux. En 2023, les startups fintech africaines ont capté plus de 30 % des financements en capital-risque destinés au continent, selon plusieurs rapports spécialisés.

Pour Equity Bank, l’enjeu dépasse la simple réorganisation interne. Il s’agit de positionner une entité technologique capable d’opérer à l’échelle panafricaine, d’intégrer des services d’épargne, de crédit instantané, de transferts transfrontaliers et potentiellement de monnaie numérique, dans une région où plus de 60 % de la population reste non bancarisée. Le pari est considérable, mais la trajectoire du groupe kényan, combinée à la nomination d’une dirigeante chevronnée comme Sarah Kabira, laisse entrevoir une offensive sérieuse sur un marché en pleine effervescence.

La question qui s’impose désormais est de savoir si l’Afrique peut enfanter un second M-Pesa — ou si elle est prête à inventer quelque chose d’entièrement nouveau.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.