Anicet Ekane
Anicet Ekane

Cameroun : Anicet Ekane meurt en détention, symbole d’un régime qui tue ses opposants

La mort annoncée d’un héros de la lutte nationaliste camerounaise

YAOUNDÉ – L’annonce est tombée ce lundi 1er décembre 2025 comme un coup de massue sur la scène politique camerounaise : Anicet Ekane, président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), figure historique de l’opposition et héritier des martyrs nationalistes, est mort en détention à l’âge de 74 ans. Trente-huit jours exactement après son arrestation le 24 octobre, au lendemain de l’élection présidentielle qui a reconduit Paul Biya, 92 ans, pour un huitième mandat à la tête du Cameroun.

La nouvelle, confirmée par son avocat Maître Emmanuel Simh et par sa famille, a provoqué une onde de choc dans tout le pays. Des médias locaux ont interrompu leurs programmes pour diffuser des directs spéciaux. Sur les réseaux sociaux, c’est une cascade d’hommages, de lamentations et de dénonciations qui s’est déversée. Car Anicet Ekane n’était pas un opposant ordinaire. Avec près de 50 ans de militantisme politique, dont plus de vingt ans de clandestinité sous le règne autocratique de Paul Biya, il incarnait la continuité de la lutte nationaliste initiée par les héros de l’indépendance camerounaise : Ruben Um Nyobé, Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié.

Ce décès en détention n’est pas un accident, encore moins un simple drame sanitaire. C’est un assassinat politique par négligence, une mise à mort programmée d’un opposant gênant, une énième illustration de la brutalité d’un régime qui, depuis 43 ans, écrase toute velléité de contestation dans le sang et les larmes.

Un militantisme de toute une vie au service de l’émancipation camerounaise

Né le 17 avril 1951 à Douala, Georges Anicet Ekane a consacré son existence entière à la lutte pour l’indépendance véritable et la démocratie au Cameroun. Élève brillant passé par les meilleurs établissements du pays – école publique d’Akwa, Collège Liberman, Lycée Joss, Collège Alfred Saker, Collège Saint Pierre de Lille – il obtient son baccalauréat série D avant de poursuivre des études supérieures qui le mèneront vers l’engagement politique radical.

En 1973, à l’âge de 22 ans, il adhère à l’Union des populations du Cameroun (UPC), le parti historique qui avait mené la lutte armée contre le colonialisme français dans les années 1950-1960. L’UPC, longtemps interdit et réprimé dans le sang par les autorités coloniales puis néocoloniales, incarne la résistance nationaliste camerounaise. En rejoignant ce parti, Ekane fait le choix de s’inscrire dans la lignée des martyrs : Um Nyobé assassiné en 1958 par l’armée française, Moumié empoisonné en 1960 à Genève par les services secrets français, Ouandié exécuté publiquement en 1971 à Bafoussam.

Ekane n’a d’ailleurs jamais oublié qu’il avait assisté, enfant, à l’exécution d’Ernest Ouandié en 1971 (et non 1983 comme parfois indiqué). Ce traumatisme fondateur a forgé son engagement sans faille contre le pouvoir en place et son refus de tout compromis avec le régime Biya.

Lorsqu’il rentre au Cameroun en 1983, après l’arrivée de Paul Biya au pouvoir, c’est comme militant clandestin chargé de développer et d’animer les structures souterraines du parti à l’intérieur du pays. Pendant des années, il vit dans la clandestinité, risquant à chaque instant l’arrestation, la torture, la mort. C’est dans ce cadre qu’il encadre, à la fin des années 1980, le groupe de démocrates patriotes autour de Maître Yondo Black – un collectif d’intellectuels, de juristes et de militants qui osent réclamer le multipartisme et les libertés publiques dans un Cameroun encore sous le joug du parti unique.

Le 19 février 1990, Ekane est arrêté avec les membres de ce groupe. C’est l’une des vagues d’arrestations les plus emblématiques des « années de braise » camerounaises, cette décennie 1990 où la contestation démocratique explose dans tout le pays. Traduit devant le tribunal militaire de Yaoundé, il est condamné en avril 1990 pour « activités subversives ». Pendant six mois, il croupit dans les geôles du régime : à la Brigade mixte mobile du Cener (la police politique), puis dans d’autres lieux de détention. Il sera finalement gracié quelques mois plus tard, sous la pression internationale et face à l’ampleur de la mobilisation populaire pour le multipartisme.

En 1995, après avoir quitté l’UPC dont il juge l’orientation trop conciliatrice avec le pouvoir, Ekane fonde le Manidem (Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie) avec d’autres cadres upécistes. Le nom du parti est programmatique : il s’agit de parachever l’indépendance inachevée du Cameroun, de rompre définitivement avec les liens néocoloniaux qui maintiennent le pays sous tutelle française, et d’instaurer une véritable démocratie populaire.

Un opposant irréductible, candidat présidentiel et défenseur des démunis

Anicet Ekane n’était pas un opposant de salon. Il était de tous les combats, de toutes les manifestations, de toutes les luttes sociales. Candidat aux élections présidentielles de 2004 et 2011, il n’a jamais nourri l’illusion de gagner face à la machine électorale rodée du régime Biya. Mais il utilisait ces échéances comme des tribunes pour dénoncer les dérives autoritaires, la corruption endémique, la misère du peuple camerounais.

Il s’est surtout distingué par son engagement constant aux côtés des démunis, des travailleurs, des étudiants. Combien de fois l’a-t-on vu, déjà affaibli par l’âge et la maladie, participer à des sit-in de protestation contre les augmentations du prix des transports, les expulsions de quartiers populaires, les licenciements abusifs ? Combien de fois a-t-il pris la parole dans des universités pour exhorter la jeunesse à ne jamais baisser les bras face à l’oppression ?

Son discours était radical, sans concession. Il dénonçait le néocolonialisme français au Cameroun, la mainmise des intérêts étrangers sur les ressources du pays, la corruption de l’élite dirigeante, le culte de la personnalité autour de Paul Biya. Cette intransigeance lui valait le respect et l’admiration de larges franges de la population, notamment parmi la jeunesse et les militants de gauche, mais aussi la haine tenace du régime qui le considérait comme un danger permanent.

L’élection présidentielle d’octobre 2025 : un scrutin truqué et une répression sanglante

Le contexte de l’arrestation d’Ekane est indissociable de la mascarade électorale qui s’est déroulée au Cameroun le 12 octobre 2025. Paul Biya, 92 ans, dont 43 ans au pouvoir depuis 1982, se présentait pour la huitième fois à la présidentielle. Un président nonagénaire, rarement vu en public, qui passe l’essentiel de son temps en Suisse, mais qui refuse obstinément de lâcher le pouvoir.

L’élection était jouée d’avance. Le système électoral camerounais est verrouillé de toutes parts : fichier électoral bourré d’anomalies, commissions électorales inféodées au pouvoir, bourrage d’urnes, intimidation des observateurs indépendants, déploiement massif des forces de sécurité dans les bureaux de vote. Mais l’opposition, malgré la répression et les obstacles, a tenté de jouer le jeu démocratique.

Anicet Ekane avait cette année joué un rôle déterminant en investissant l’opposant Issa Tchiroma Bakary sous la bannière du Manidem. Tchiroma, ancien ministre de la Communication sous Biya avant de passer dans l’opposition, s’était imposé comme le principal challenger du président sortant. Dès la fermeture des bureaux de vote le 12 octobre, Tchiroma Bakary s’est autoproclamé vainqueur du scrutin et a appelé la population à descendre dans la rue pour contester la fraude massive.

Le régime a réagi avec une violence inouïe. Selon plusieurs sources concordantes, dont des organisations de défense des droits humains, les forces de sécurité ont tué au moins 48 civils lors des manifestations postélectorales dans différentes villes du pays. Des dizaines d’autres ont été blessées, des centaines arrêtées.

Le 24 octobre, la veille de la proclamation officielle des résultats donnant la victoire à Paul Biya, Anicet Ekane est interpellé à Douala par des soldats. Selon son parti, il s’agit d’un véritable « enlèvement ». D’autres responsables politiques ayant soutenu Tchiroma Bakary sont également arrêtés, dont Florence Aimée Titcho. Les autorités reprochent à Ekane son soutien à Tchiroma, qu’elles qualifient d’« hostilité envers l’État », d’« incitation à la révolte » et d’« appels à l’insurrection ».

Une détention mortifère : privation de soins et négligence criminelle

Après son arrestation à Douala, Ekane est transféré à Yaoundé et détenu au Secrétariat d’État à la Défense (SED), un lieu de détention militaire tristement célèbre pour ses conditions inhumaines. Dès le départ, son état de santé suscite de vives inquiétudes. À 74 ans, souffrant de pathologies chroniques nécessitant un suivi médical constant, Ekane ne peut survivre sans ses équipements médicaux.

Or, ces équipements ont été confisqués lors de son arrestation. Son extracteur d’oxygène, indispensable à sa survie, est resté dans son véhicule, placé sous séquestre dans les locaux du groupement de la gendarmerie de Douala. Pendant 38 jours, malgré les alertes répétées de son parti, de ses avocats et de sa famille, les autorités ont refusé de lui restituer ce matériel vital.

Le 21 novembre, le Manidem publie un communiqué alarmant, dénonçant une situation « gravement dangereuse » pour la santé de son leader. Le parti exige le transfert immédiat d’Ekane vers un hôpital mieux équipé. Le ton du communiqué est prémonitoire : le Manidem « tiendrait le régime de Yaoundé responsable des conséquences du refus de ce transfert ».

Les jours passent. L’état d’Ekane se dégrade rapidement. Selon son vice-président Valentin Dongmo, le parti a multiplié les démarches auprès du tribunal militaire pour obtenir une évacuation sanitaire. En vain. « Hier (dimanche 30 novembre) encore, nous avons réclamé une évacuation sanitaire auprès des autorités », a déclaré Dongmo après l’annonce du décès.

Le week-end des 30 novembre et 1er décembre, la santé d’Ekane s’effondre. Selon ses avocats, il était « déjà très affaibli et à peine capable de parler » lors d’une visite peu avant son décès. Dans la nuit du dimanche au lundi, il succombe. Les circonstances exactes restent floues, mais une chose est certaine : Anicet Ekane est mort parce qu’on l’a laissé mourir. Parce que le régime Biya a refusé de lui fournir les soins nécessaires, parce qu’on l’a privé de son équipement médical vital, parce qu’on a ignoré toutes les alertes.

Un assassinat politique maquillé en « décès naturel »

Le ministère de la Défense camerounais a publié un communiqué dans la matinée du 1er décembre, affirmant qu’Ekane « était pris en charge de manière appropriée par le corps médical militaire, de concert avec ses médecins personnels et bénéficiait d’un suivi complémentaire dans les formations hospitalières de la place ». Une version officielle qui sonne comme une grotesque tentative de blanchiment.

Une « prise en charge appropriée » qui consiste à priver un malade de 74 ans de son extracteur d’oxygène pendant plus d’un mois ? Un « suivi complémentaire » qui ignore toutes les demandes d’évacuation sanitaire ? Des « médecins personnels » qui n’ont manifestement pas eu accès à leur patient puisque la famille et le parti dénonçaient depuis des semaines l’impossibilité d’obtenir des soins adéquats ?

Le ministère annonce l’ouverture d’une enquête pour « établir avec précision les circonstances du décès ». On imagine déjà les conclusions : « mort naturelle », « maladie préexistante », « prise en charge optimale malgré les circonstances difficiles de la détention ». Le scénario classique des régimes autoritaires qui éliminent leurs opposants et maquillent ensuite les assassinats politiques en drames sanitaires.

La famille d’Ekane, elle, ne s’y trompe pas. Elle rejette catégoriquement la thèse d’une mort naturelle. Issa Tchiroma Bakary, réfugié en Gambie, a dénoncé lundi soir une mort « dont les circonstances sont d’une brutalité juridique et humaine inqualifiable ». S’adressant aux Camerounais, il a affirmé que « le sang d’Anicet Ekane n’appelle pas à la vengeance, mais à la justice ».

L’opposant David Abouem à Tchoyi, président du Parti social-libéral (PSL), a quant à lui déclaré que ce décès « rappelle cruellement que les conditions de détention au Cameroun sont extrêmement mauvaises, voire dans certains cas un mépris des droits humains », malgré les conventions internationales ratifiées par le pays.

Paul Biya : 43 ans de règne, 43 ans de répression

Pour comprendre la mort d’Anicet Ekane, il faut replacer cet événement dans le contexte plus large du régime Biya. Paul Biya est au pouvoir depuis le 6 novembre 1982, soit 43 ans. À 92 ans, il est le plus vieux dirigeant en exercice au monde et l’un des présidents ayant régné le plus longtemps en Afrique.

Son parcours au sommet de l’État est jalonné de violations massives des droits humains, de répression sanglante des oppositions, de détournements de fonds publics à une échelle industrielle. Le Cameroun sous Biya, c’est :

  • Des dizaines d’opposants assassinés ou disparus dans des circonstances troubles
  • Des centaines de prisonniers politiques croupissant dans des geôles insalubres
  • Des massacres de manifestants à chaque échéance électorale contestée
  • Une corruption endémique qui a vidé les caisses de l’État au profit du clan présidentiel
  • Un pays classé 142e sur 180 dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International
  • Une pauvreté galopante malgré les richesses naturelles (pétrole, bois, cacao, bauxite)
  • Une crise anglophone qui a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés depuis 2016
  • Un système judiciaire aux ordres, où les tribunaux militaires jugent les opposants politiques

Le régime Biya fonctionne selon une logique de prédation : il s’agit de maintenir coûte que coûte le pouvoir pour continuer à piller les ressources du pays. Toute contestation est perçue comme une menace existentielle et écrasée avec la plus grande brutalité.

Les élections ne sont qu’un simulacre démocratique destiné à donner une façfaçade de légitimité aux yeux de la communauté internationale. Le résultat est toujours connu d’avance : Biya est réélu avec des scores soviétiques, l’opposition crie à la fraude, la répression s’abat, puis le cycle recommence cinq ans plus tard.

Une communauté internationale complice par son silence

Face à cette situation, quelle est la réaction de la communauté internationale ? Un silence assourdissant, entrecoupé de quelques déclarations de circonstance totalement inefficaces.

La France, ancienne puissance coloniale qui maintient au Cameroun une influence prépondérante – militaire, économique, politique – ne dit mot. Paris soutient Biya depuis quatre décennies, ferme les yeux sur ses dérives autoritaires, accueille ses proches dans les hôpitaux et les palaces parisiens, protège les avoirs du clan présidentiel dans les banques françaises. Le régime Biya est un pilier de la « Françafrique », ce système néocolonial qui permet à la France de préserver ses intérêts en Afrique en s’appuyant sur des régimes dictatoriaux qu’elle contribue à maintenir au pouvoir.

L’Union européenne, elle, a publié un communiqué le 1er décembre, appelant à « la libération de toutes les personnes détenues arbitrairement depuis l’élection présidentielle » et insistant sur « l’impératif de faire justice ». Un communiqué tiède, sans menace de sanctions, sans conséquences concrètes. L’UE avait déjà souligné le 28 octobre « la nécessité de garantir la sécurité et l’intégrité physique de tous les acteurs politiques » et « de lutter contre le recours excessif à la violence et les violations des droits humains ». De belles paroles qui n’ont manifestement pas empêché la mort d’Ekane.

Quant à l’Union africaine et la CEDEAO, leur silence est éloquent. Ces organisations, qui condamnent bruyamment les coups d’État militaires, ferment pudiquement les yeux sur les dérives des présidents civils, surtout quand ceux-ci sont des alliés de l’Occident. Paul Biya peut truquer les élections, massacrer son peuple, emprisonner ses opposants : tant qu’il reste dans le giron de la France et qu’il ne remet pas en cause les intérêts occidentaux, il bénéficie d’une impunité totale.

Cette complicité passive de la communauté internationale fait d’elle une complice objective des crimes du régime Biya. Chaque jour de silence, chaque absence de sanction, chaque poignée de main avec le dictateur camerounais est un encouragement à poursuivre la répression.

Une opposition décimée mais résiliente

Anicet Ekane rejoint la longue liste des opposants camerounais morts en détention, assassinés ou disparus. Mais son sacrifice ne sera pas vain. Sa mort suscite déjà une émotion considérable dans le pays et pourrait marquer un tournant.

Issa Tchiroma Bakary, contraint à l’exil en Gambie, continue de revendiquer sa victoire à la présidentielle et promet que « le sang d’Anicet Ekane » appellera à « la justice ». D’autres figures de l’opposition, comme Maurice Kamto du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), poursuivent leur combat malgré la répression.

Car si le régime Biya peut emprisonner, torturer, tuer, il ne peut étouffer définitivement l’aspiration du peuple camerounais à la liberté et la dignité. La jeunesse camerounaise, largement acquise à l’opposition, ne se satisfait plus du statu quo. Elle voit ses aînés partir en exil ou mourir en prison, elle voit les richesses du pays pillées par une oligarchie corrompue, elle voit son avenir bouché par un système qui perpétue les mêmes élites depuis des décennies.

À 92 ans, Paul Biya incarne un système à bout de souffle. Son huitième mandat sera probablement le dernier – la biologie finira par avoir raison de l’obstination. Mais la question est : que se passera-t-il après ? Le Cameroun parviendra-t-il à sortir de cette ornière autoritaire, ou bien verra-t-on une succession dynastique ou un nouveau coup d’État militaire ?

Honorer la mémoire d’Ekane par la lutte

Anicet Ekane est mort, mais son combat continue. Son héritage, c’est celui d’un nationalisme panafricain intransigeant, d’un refus de la résignation face à l’oppression, d’un engagement total aux côtés des démunis.

La meilleure façon d’honorer sa mémoire n’est pas de se contenter de pleurer et de publier des hommages sur les réseaux sociaux. C’est de poursuivre le combat qu’il a mené toute sa vie : pour une indépendance véritable du Cameroun, débarrassée de la tutelle néocoloniale française ; pour une démocratie authentique où le peuple choisit réellement ses dirigeants ; pour une justice sociale qui mette fin à l’accaparement des richesses du pays par une minorité prédatrice.

Les opposants camerounais doivent tirer les leçons de cette tragédie. Le régime Biya ne lâchera jamais le pouvoir de lui-même. Il faudra l’y contraindre, par la mobilisation populaire massive, par la désobéissance civile, par la construction d’un rapport de force qui rende intenable le maintien du statu quo.

La communauté panafricaine doit également se mobiliser. Les crimes du régime Biya ne peuvent rester impunis. Des sanctions internationales doivent être prises : gel des avoirs du clan présidentiel à l’étranger, interdiction de voyager pour les hauts responsables du régime, suspension du Cameroun des instances africaines tant que les prisonniers politiques ne sont pas libérés et que des élections libres ne sont pas organisées.

Conclusion : Ekane, martyr d’un système moribond

Anicet Ekane est mort le 1er décembre 2025 dans une geôle de Yaoundé, privé de soins, privé de dignité, privé de justice. Mais il est mort debout, fidèle à ses convictions, refusant jusqu’au bout de courber l’échine devant le régime.

Son dernier combat aura été de soutenir Issa Tchiroma Bakary, l’opposant qui a osé contester la fraude électorale et appeler le peuple à se soulever. Pour cela, il a payé le prix ultime. Mais son sacrifice rappelle à tous les Camerounais, à tous les Africains, que la liberté ne se mendie pas, elle s’arrache.

Le régime Biya peut tuer Anicet Ekane, il ne peut tuer l’idée pour laquelle il se battait. Cette idée d’un Cameroun libre, souverain, démocratique, où les richesses profitent au peuple et non à une oligarchie corrompue. Cette idée continuera de vivre et de se propager, malgré la répression, malgré les prisons, malgré les morts.

Anicet Ekane rejoint désormais Um Nyobé, Moumié, Ouandié dans le panthéon des martyrs de la lutte d’émancipation camerounaise. Son nom restera gravé dans l’histoire comme celui d’un homme qui a préféré mourir libre plutôt que de vivre à genoux.

Repose en paix, camarade Ekane. Ton combat continue.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.