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Mali-Niger : Opérations militaires conjointes frappent les bases terroristes dans le Sahel

L’Alliance des États du Sahel (AES) intensifie sa lutte contre les groupes terroristes avec une série d’opérations militaires coordonnées entre le Mali et le Niger. Ces derniers jours, des frappes conjointes ont ciblé des positions djihadistes dans la région stratégique de Ménaka, confirmant la montée en puissance de cette coopération militaire inédite dans le Sahel.

Des frappes aériennes coordonnées à Ménaka

Ce week-end, les Forces armées maliennes (FAMa) et nigériennes ont mené des opérations coordonnées contre des groupes terroristes, notamment à Ménaka où une base a été démantelée grâce à l’appui aérien nigérien. Cette ville du nord-est du Mali, située à la frontière avec le Niger, constitue un point névralgique dans la lutte antiterroriste régionale.

Les opérations se sont appuyées sur l’utilisation de drones armés de fabrication turque, désormais au cœur de l’arsenal des forces de l’AES. Ces équipements ont considérablement renforcé les capacités de surveillance et de frappe des armées sahéliennes depuis leur acquisition.

Une coopération militaire qui porte ses fruits

La coordination entre les forces maliennes et nigériennes s’inscrit dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel, créée en septembre 2023 et transformée en Confédération le 6 juillet 2024. Cette alliance regroupe le Mali, le Niger et le Burkina Faso, trois pays actuellement dirigés par des gouvernements militaires issus de coups d’État entre 2020 et 2023.

Une force commune de 5000 soldats, dotée de moyens aériens et terrestres et de renseignements, devrait être opérationnelle dans les prochaines semaines, selon les annonces du ministre nigérien de la Défense. Cette armée commune vise à structurer et pérenniser la coopération militaire entre les trois pays face à la menace terroriste persistante.

Ménaka : un territoire sous pression djihadiste

La région de Ménaka représente l’un des principaux théâtres d’affrontement entre les forces gouvernementales et les groupes affiliés à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). Localisée sur une route stratégique reliant le Mali au Niger, cette zone subit régulièrement des attaques terroristes visant à déstabiliser la région.

Les combats dans le triangle frontalier Mali-Niger-Burkina Faso, connu sous le nom de région du Liptako-Gourma, se sont intensifiés ces derniers mois. Des groupes terroristes et extrémistes prennent fréquemment pour cible ces zones frontalières, profitant de la porosité des frontières pour mener leurs opérations.

Des succès militaires significatifs

Les récentes opérations ont permis de neutraliser plusieurs dizaines de terroristes et de détruire du matériel militaire. L’armée malienne a fait état de plusieurs opérations réussies dans la région, repoussant des attaques contre des postes militaires à Labbezanga, Gossi, Tessalit et Ménaka.

La bonne coopération entre les Forces armées maliennes et nigériennes a permis de riposter proportionnellement à une attaque terroriste complexe contre le poste de sécurité de Labbezanga, dans la Région de Ménaka, selon un communiqué de l’état-major malien.

Une stratégie endogène face au terrorisme

L’Alliance des États du Sahel se distingue des initiatives précédentes, notamment de la Force conjointe du G5 Sahel dissoute en décembre 2023. Cette nouvelle force est considérée comme une initiative endogène, née de la volonté exclusive des trois États concernés, sans dépendance vis-à-vis d’acteurs extérieurs.

Cette approche marque une rupture avec le passé, où les opérations antiterroristes étaient largement soutenues par des forces internationales comme la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA), l’opération française Barkhane ou la Task Force européenne Takuba, toutes désormais retirées de la région.

Des manœuvres militaires d’envergure

Au-delà des opérations ponctuelles, l’AES a organisé plusieurs exercices militaires conjoints pour renforcer l’interopérabilité entre les forces armées. En mai 2024, un exercice national baptisé « TARHA NAKAL » (qui signifie « amour de la patrie » en langue tamashek) s’est tenu dans la région de Tillia au Niger, réunissant les forces du Burkina Faso, du Mali, du Niger, du Tchad et du Togo.

Ces manœuvres visent à consolider une force militaire conjointe capable de répondre efficacement à la menace djihadiste dans la région. Elles comprennent des manœuvres tactiques, mais aussi des activités sociales au profit des populations locales, dont des consultations médicales et des opérations chirurgicales.

Un contexte sécuritaire toujours préoccupant

Malgré ces succès, la situation sécuritaire au Sahel reste extrêmement préoccupante. Des groupes armés non étatiques continuent de perpétrer des attaques à grande échelle contre des cibles civiles et militaires. Selon l’Indice mondial du terrorisme de 2024, le Burkina Faso, le Mali et le Niger figurent parmi les 10 pays les plus touchés par le terrorisme dans le monde.

Les affrontements entre l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ajoutent une dimension supplémentaire à la complexité de la crise. Ces deux groupes rivaux se livrent des combats pour le contrôle de territoires et de ressources, causant de nombreuses victimes civiles.

L’impact humanitaire du conflit

La violence exacerbe une crise humanitaire déjà grave. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées par les combats, cherchant refuge dans les villes ou traversant les frontières. En 2023, l’ONU a recensé 90 000 déplacés internes dans la région de Ménaka, sans compter ceux qui ont trouvé refuge en Algérie, au Niger et en Libye.

Les attaques terroristes ont eu un impact dévastateur sur les populations civiles déjà en détresse, avec des centaines de morts et des déplacements massifs. La fermeture d’écoles, les déplacements internes et l’appauvrissement des familles menacent une génération entière d’enfants et d’adolescents, augmentant les risques de voir ces jeunes sombrer dans la criminalité et le terrorisme.

Une solidarité régionale multidimensionnelle

La coopération entre les pays de l’AES ne se limite pas aux affaires militaires. Le Niger s’est engagé à livrer 150 millions de litres de gazole au Mali pour soutenir le fonctionnement des centrales électriques maliennes, fréquemment touchées par des coupures.

Cette solidarité énergétique renforce les liens entre les deux pays et illustre une collaboration multidimensionnelle face aux défis communs. Les trois États membres travaillent également à la création d’une confédération politique et économique plus intégrée.

Les défis persistants de la lutte antiterroriste

Plusieurs facteurs compliquent la lutte contre le terrorisme dans la région. L’absence de base de drones américaine à Agadez, fermée en 2024 après le coup d’État au Niger, a réduit les activités de reconnaissance et de surveillance. Cette perte a permis aux groupes terroristes de gagner en liberté de mouvement.

Par ailleurs, les violations des droits de l’homme dans la lutte contre le terrorisme divisent les communautés et augmentent le recrutement dans les groupes terroristes. Des organisations internationales ont documenté des exactions commises lors d’opérations antiterroristes, compliquant les efforts de réconciliation avec les populations locales.

Vers une stabilisation durable ?

Les opérations conjointes Mali-Niger représentent une avancée stratégique majeure dans la lutte contre l’insécurité au Sahel. La capacité des forces de l’AES à mener des opérations coordonnées sans appui extérieur témoigne d’une montée en puissance significative.

Cependant, la stabilisation durable de la région nécessitera plus que des victoires militaires. Elle requiert des approches basées sur le développement, la gouvernance inclusive et la réponse aux causes profondes du terrorisme : pauvreté, marginalisation, changement climatique et faiblesse des institutions.

L’avenir de la sécurité dans le Sahel dépendra de la capacité de l’AES à maintenir cette coordination, tout en évitant les erreurs du passé et en construisant la confiance avec les populations civiles. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la viabilité à long terme de cette stratégie militaire endogène.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.