Vue aérienne d'Agadir : la baie, la plage, le port et les immeubles du front de mer sous un ciel dégagé
Vue aérienne de la baie et de la ville d'Agadir, au Maroc (photo d'archive). — Photo : Marco Riss / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Maroc : à Chtouka, l’eau de mer dessalée pour irriguer les cultures d’exportation

Dans la plaine de Chtouka, près d’Agadir, une unité de dessalement d’eau de mer est destinée à irriguer des cultures de primeurs et à alimenter le Grand Agadir en eau potable, selon un reportage de l’AFP publié le 10 juillet 2025. Le projet, porté par le ministère de l’Agriculture et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), vise à préserver la nappe phréatique, menacée par les incursions marines.

Un partenariat public-privé pour les primeurs et le Grand Agadir

Le projet prend la forme d’un partenariat public-privé. Selon le ministère de l’Agriculture, l’unité de dessalement doit irriguer 15 000 hectares de primeurs, exploités par 1 500 agriculteurs, et fournir en eau potable le Grand Agadir. Un extrait de reprise de l’AFP avance pour sa part une superficie de 12 000 hectares.

La capacité initiale est de 275 000 m³ par jour, dont 125 000 réservés à l’irrigation. Elle doit atteindre à terme 400 000 m³ par jour, dont 200 000 pour l’irrigation. Le quotidien Le Matin évoque cette capacité de 400 000 m³ « à l’horizon 2026 ». La page du ministère décrit des travaux « en cours ».

Un responsable de l’ONEE, Khalid Bel Ferda, présente l’installation comme « la première du genre en Afrique », a rapporté Le Matin. Cette affirmation n’a pas été vérifiée de façon indépendante.

Protéger la nappe, maintenir les exportations

L’objectif affiché est de dessaler l’eau de mer au lieu de pomper les eaux souterraines. L’Office régional de mise en valeur agricole du Souss-Massa (ORMVASM) cite parmi ses buts la sauvegarde de l’aquifère, le maintien de cultures d’exportation à haute valeur ajoutée et celui de la place du Maroc sur les marchés étrangers. La zone de Chtouka a été déclarée zone de sauvegarde et d’interdiction, avec un contrat de nappe.

Sur le terrain, les producteurs décrivent un tournant. Un groupe franco-marocain irrigue ses 800 hectares à 100 % avec de l’eau dessalée, rapporte l’AFP. « Le dessalement a sauvé l’agriculture dans Chtouka », affirme Mohamed Boumarg, producteur de tomates. L’agronome Rqia Bourziza estime que sans cette eau, « un scénario catastrophique se profilait au Maroc ».

Selon l’AFP, l’agriculture pèse environ 12 % du produit intérieur brut marocain et a subi six années consécutives de sécheresse.

Une eau chère, subventionnée par l’État

Selon l’ORMVASM, le coût de revient de l’eau dessalée atteint 13 dirhams le mètre cube à la borne de l’agriculteur. Toujours selon l’office, l’État prend en charge l’essentiel des infrastructures afin d’appliquer un tarif de 6 dirhams le mètre cube, qui couvre les charges d’exploitation.

Ce prix reste un obstacle pour certains. D’après l’AFP, 1 500 agriculteurs du Souss-Massa irriguent avec l’eau dessalée, mais d’autres n’ont pas souscrit, en raison du coût. L’agence note aussi que cette eau est « coûteuse et critiquée pour son impact environnemental ».

À l’échelle nationale, le Maroc compte 16 stations de dessalement, pour 270 millions de m³ par an. Il vise 1,7 milliard de m³ par an d’ici 2030. L’étude de faisabilité du projet de Chtouka remonte à 2010, selon l’ORMVASM.

Analyse

Chtouka montre ce que coûte la sécurité hydrique quand la pluie manque : une infrastructure lourde, financée en grande partie par la puissance publique, pour protéger une nappe et des cultures après six années de sécheresse. Le dessalement pose aussi une question de souveraineté : qui bénéficie de l’eau subventionnée, et à quel prix pour ceux qui n’ont pas souscrit en raison du coût ? Si le pays veut faire du dessalement un pilier de son autonomie, il devra rendre publics les coûts réels, mesurer l’impact environnemental et veiller à ce que l’eau produite profite aussi aux populations et aux petits exploitants, pas seulement aux filières tournées vers l’export.

Sources

Photo : Marco Riss / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.