Bénin : les Démocrates de Boni Yayi se fracturent davantage à l’approche de la présidentielle du 12 avril

À quelques jours d’une présidentielle dont ils ont été exclus, les Démocrates, principal parti d’opposition béninois fondé par l’ancien président Thomas Boni Yayi, traversent une crise interne sans précédent. Le ralliement fracassant de leur ancien numéro deux à la candidature de la majorité présidentielle révèle l’ampleur des fractures qui lézardent la formation.

Éric Houndété, figure historique des Démocrates et ancien vice-président du parti, a publiquement appelé ses militants et sympathisants à voter en faveur de Romuald Wadagni, candidat soutenu par la majorité au pouvoir du président Patrice Talon, lors du scrutin présidentiel prévu le 12 avril prochain. Ce ralliement, rapporté par Jeune Afrique, constitue un tournant symbolique majeur dans la désintégration progressive d’un parti déjà fragilisé par son exclusion de la course électorale.

La décision d’Houndété ne tombe pas dans un vacuum politique. Les Démocrates avaient été écartés de la présidentielle après n’avoir pas satisfait aux critères imposés par le cadre électoral béninois, une exclusion que le parti et ses soutiens ont vivement contestée, dénonçant des règles du jeu biaisées en faveur du camp présidentiel. Dans ce contexte de relégation forcée, la discipline interne s’est érodée, ouvrant la voie aux dissidences individuelles. Le geste d’Houndété, loin d’être anodin, illustre la tentation de certains cadres de négocier leur repositionnement politique en dehors des structures partisanes officielles.

Romuald Wadagni, ancien ministre des Finances sous Patrice Talon et figure centrale de la gestion économique du pays au cours des dernières années, se présente comme le candidat de la continuité et de la stabilité. Son profil technocratique et sa proximité avec le pouvoir en place en font le favori naturel d’un scrutin dont les contours institutionnels semblent largement façonnés par l’administration sortante. Le soutien d’un opposant de premier plan comme Houndété constitue pour lui un atout symbolique non négligeable, capable de brouiller les lignes entre opposition et majorité aux yeux d’une partie de l’électorat.

Cette fragmentation au sein des Démocrates n’est pas sans rappeler des dynamiques similaires observées ailleurs sur le continent africain, où des partis d’opposition structurés se retrouvent progressivement démantelés non par la force brute, mais par l’usure institutionnelle, l’exclusion légale et les stratégies de captation des élites dissidentes. Au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou encore en Guinée, des formations jadis puissantes ont connu des trajectoires comparables, confrontées à des systèmes électoraux qui tendent à concentrer le jeu politique autour des acteurs proches du pouvoir exécutif.

Pour Thomas Boni Yayi, ancien chef d’État ayant dirigé le Bénin de 2006 à 2016 et fondateur des Démocrates, ce délitement représente un revers personnel et politique considérable. Lui qui avait misé sur la construction d’une opposition structurée et crédible voit aujourd’hui ses lieutenants les plus proches se disperser ou rallier ouvertement l’adversaire. La question de son autorité morale sur le parti et de sa capacité à fédérer une base militante cohérente se pose désormais avec une acuité nouvelle.

Du côté de la société civile béninoise et des observateurs internationaux, cette séquence suscite des interrogations légitimes sur la vitalité du pluralisme politique dans un pays longtemps considéré comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest. Le Bénin avait su, depuis la Conférence nationale souveraine de 1990, construire une réputation d’alternance pacifique et de débat public ouvert. La répétition des exclusions partisanes et la marginalisation croissante de l’opposition risquent de ternir durablement cette image, au moment où la région sahélienne voit plusieurs États basculer dans l’autoritarisme militaire.

À l’heure où le scrutin du 12 avril approche, la vraie question n’est peut-être plus de savoir qui remportera la présidentielle béninoise, mais ce qu’il restera d’une opposition organisée et crédible au lendemain d’un vote dont les Démocrates auront été absents, et au sein duquel certains de leurs propres dirigeants auront choisi de jouer pour l’autre camp.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.