Face à une insécurité persistante qui ronge ses régions frontalières, le Niger franchit un nouveau cap dans sa stratégie antijihadiste. Le régime militaire au pouvoir depuis le coup d’État de juillet 2023 a annoncé la création prochaine de groupes civils d’autodéfense destinés à épauler les forces armées régulières dans leur lutte contre les groupes armés terroristes.
Une réponse locale à une menace globale
Selon des informations relayées par Jeune Afrique, les autorités nigériennes entendent structurer et encadrer des auxiliaires civils qui opéreront aux côtés de l’armée nationale. Cette initiative s’inscrit dans une logique de territorialisation de la sécurité, visant à impliquer les communautés locales dans la défense de leurs propres villages et hameaux, notamment dans les zones rurales les plus exposées aux incursions des groupes affiliés à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et à Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda.
La stratégie n’est pas sans précédent sur le continent. Au Mali, les milices d’autodéfense dites Dozo ont longtemps constitué un rempart communautaire, avec des résultats toutefois contrastés. Au Burkina Faso, les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), créés en 2020, ont été intégrés dans le dispositif sécuritaire officiel, parfois au prix de dérives documentées par des organisations de défense des droits humains. Niamey semble vouloir s’inspirer de ce modèle burkinabè, tout en affichant la volonté d’un encadrement plus rigoureux.
Un contexte régional explosif
Le Niger évolue dans un environnement sécuritaire particulièrement dégradé. Le pays partage des frontières poreuses avec sept États, dont le Mali et le Burkina Faso, tous deux gouvernés par des juntes militaires et confrontés à des offensives jihadistes récurrentes. Ensemble, ces trois pays forment ce que les analystes désignent désormais comme l’Alliance des États du Sahel (AES), un bloc qui a officiellement tourné le dos à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et aux anciens partenaires occidentaux, France en tête.
Depuis le départ des forces françaises et la suspension de la coopération militaire avec les États-Unis, le Niger cherche de nouveaux appuis. Moscou, via le groupe Wagner — rebaptisé Africa Corps — est déjà présent au Mali et au Burkina Faso. Des discussions auraient également eu lieu avec des acteurs aux profils variés. Dans ce grand réagencement géopolitique, certains observateurs notent avec attention le rapprochement diplomatique de plusieurs capitales sahéliennes avec Téhéran, qui a développé depuis des décennies une doctrine d’appui aux milices paramilitaires — du Hezbollah libanais aux Houthis yéménites — pouvant constituer, à tort ou à raison, une source d’inspiration pour des régimes cherchant à contourner les armées conventionnelles.
Des risques réels à ne pas sous-estimer
Si l’idée de renforcer la résilience des populations locales face au jihadisme peut sembler pragmatique, elle soulève des questions cruciales. L’armement de civils sans formation adéquate ni supervision juridique stricte peut rapidement devenir un facteur d’instabilité supplémentaire. Des règlements de comptes intercommunautaires, des abus de pouvoir ou des infiltrations par les groupes que ces milices sont censées combattre constituent des risques documentés dans plusieurs théâtres de conflits similaires, de la Libye au Nigeria en passant par la République démocratique du Congo.
Les organisations de la société civile nigérienne, déjà fragilisées par un espace de liberté réduit depuis le putsch, peinent à se faire entendre sur ces enjeux. La communauté internationale, pour sa part, observe avec une inquiétude croissante la multiplication de ces dispositifs para-étatiques à travers le Sahel.
La création de ces groupes d’autodéfense pourrait constituer un tournant décisif dans la guerre que mène le Niger contre le jihadisme, mais la ligne entre protection populaire et escalade incontrôlée des violences demeure, au Sahel plus qu’ailleurs, d’une fragilité redoutable.











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