Cameroun : Marcel Niat Njifenji tire sa révérence, une page du système Biya se tourne

À 91 ans, celui que ses pairs surnommaient le « baobab du Sénat » s’efface enfin de la scène politique camerounaise. Le départ de Marcel Niat Njifenji de la présidence du Sénat marque la fin d’une ère et soulève de profondes questions sur l’avenir d’un régime qui a fait de la longévité politique son principal marqueur identitaire.

Affaibli par l’âge et par les aléas de la santé, Marcel Niat Njifenji quitte ses fonctions sans coup d’éclat, à l’image d’une carrière construite dans la discrétion et la loyauté indéfectible envers Paul Biya. Figure tutélaire du pouvoir camerounais, cet homme politique de l’Ouest du pays aura traversé des décennies de vie publique en demeurant l’un des piliers les plus solides du système qui gouverne Yaoundé depuis plus de quarante ans. Selon Jeune Afrique, sa sortie s’effectue « sans fracas », témoignant d’une culture politique où les transitions se négocient en coulisses plutôt qu’elles ne s’affichent sur la place publique.

La présidence du Sénat n’est pas un poste anodin dans l’architecture constitutionnelle camerounaise. En vertu de la Constitution, le président du Sénat assure l’intérim de la République en cas de vacance du pouvoir, ce qui confère à cette fonction une importance stratégique considérable. Niat Njifenji occupait ainsi, symboliquement, la deuxième position dans l’ordre protocolaire de l’État, derrière Paul Biya lui-même, âgé de 91 ans. Cette coïncidence d’âge entre les deux hommes illustre à elle seule le paradoxe d’un régime qui peine à opérer sa mue générationnelle.

Dans un contexte panafricain marqué par des transitions politiques souvent brutales — coups d’État au Sahel, contestations populaires en Afrique de l’Est et en Afrique australe — le Cameroun offre le spectacle d’une gérontocratie qui se renouvelle par effritement progressif plutôt que par rupture franche. Le départ de Niat Njifenji s’inscrit dans cette logique : une redistribution lente et contrôlée des équilibres internes, sans remise en cause frontale du système Biya.

La question de la succession à la tête du Sénat cristallise désormais les attentions des observateurs politiques et des différents clans qui composent l’élite dirigeante camerounaise. Le choix du successeur sera révélateur des rapports de force actuels au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, et des arbitrages que Paul Biya entend opérer à l’approche d’échéances politiques qui restent, pour l’heure, largement indéterminées.

Pour de nombreux Camerounais, ce départ soulève une interrogation plus fondamentale : celle de la capacité du régime à engager une véritable transition politique, inclusive et ordonnée, avant que les forces centrifuges — tensions régionales, revendications anglophones, pression de la société civile — ne s’imposent d’elles-mêmes comme agenda incontournable. L’après-Niat Njifenji sera ainsi un baromètre précieux pour mesurer la résilience ou l’essoufflement d’un système politique vieux de plusieurs décennies.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.