À quelques mois de l’élection présidentielle camerounaise de 2025, les coulisses de la campagne de l’opposant Issa Tchiroma Bakary commencent à livrer leurs secrets. Chris Manengs, son directeur de campagne, brise le silence et dresse un bilan sans concession d’une course électorale marquée par des contraintes majeures, au premier rang desquelles l’exil forcé du candidat.
Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, Chris Manengs ne mâche pas ses mots : « L’exil d’Issa Tchiroma Bakary a été stratégiquement dévastateur. » Cette confession révèle toute la complexité de mener une campagne présidentielle depuis l’étranger, loin du terrain, loin des électeurs, loin du pouls d’une nation. L’ancien ministre camerounais, aujourd’hui opposant à Paul Biya, a tenté de peser dans la course au pouvoir malgré une présence physique impossible sur le sol national, une contrainte qui s’est avérée rédhibitoire sur le plan organisationnel comme symbolique.
Le directeur de campagne décrit une logistique profondément fragilisée par cet éloignement géographique. La mobilisation des réseaux militants, la coordination des équipes locales, les prises de parole publiques et la dynamique de terrain — autant d’éléments essentiels dans toute compétition électorale — ont souffert de l’impossibilité pour le candidat d’être présent au Cameroun. Dans un pays où la politique reste encore largement incarnée par des figures accessibles et visibles, l’absence physique d’un prétendant constitue un handicap structurel difficile à surmonter.
Ce témoignage fait écho à une réalité bien connue sur le continent africain : l’opposition en exil peine systématiquement à convertir sa légitimité morale en force électorale effective. De Senghor à Gbagbo, de Katumbi à Ousmane Sonko, l’histoire politique africaine regorge d’exemples où la distance imposée par un régime en place a neutralisé des candidatures pourtant portées par une base militante réelle. Le cas Tchiroma s’inscrit dans cette longue séquence où le pouvoir en place utilise, directement ou indirectement, la géographie comme arme politique.
Face à Paul Biya, dont le règne sans partage dure depuis 1982 et qui demeure l’un des chefs d’État les plus anciens au pouvoir en Afrique, Issa Tchiroma Bakary représentait une alternative aux contours encore flous pour beaucoup de Camerounais. Son directeur de campagne reconnaît que la communication a également souffert de ce déficit de présence, rendant difficile la projection d’une image crédible et rassurante auprès d’un électorat en quête de renouveau mais aussi de garanties.
Chris Manengs laisse entrevoir d’autres dysfonctionnements internes sans toutefois les détailler pleinement, suggérant que les révélations à venir pourraient encore éclairer les zones d’ombre de cette campagne atypique. Si l’opposant n’a pas réussi à s’imposer comme un challenger sérieux lors de ce scrutin, les leçons tirées de cet échec organisationnel pourraient néanmoins forger les bases d’une opposition camerounaise plus structurée et plus aguerrie pour les prochaines échéances.
La question qui demeure en suspens est celle-ci : dans un environnement politique aussi verrouillé que celui du Cameroun, une opposition contrainte à l’exil peut-elle un jour réellement prétendre à l’alternance ?











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