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50 élèves s’évadent après l’enlèvement de plus de 300 personnes dans l’État du Niger

Un rayon d’espoir dans la pire crise sécuritaire scolaire depuis l’enlèvement de Chibok en 2014

Abuja, 25 novembre 2025 – Cinquante des 303 élèves enlevés vendredi dernier dans une école catholique de l’État du Niger ont réussi à s’échapper et ont retrouvé leurs familles, apportant un soulagement provisoire aux communautés traumatisées par l’un des enlèvements de masse les plus graves de l’histoire récente du Nigeria. Cependant, 253 enfants et 12 enseignants demeurent captifs, laissant le pays confronté à une nouvelle crise humanitaire majeure.

Un assaut brutal dans une zone isolée

L’attaque s’est produite vendredi matin à l’école secondaire catholique privée Saint Mary’s, située dans la communauté reculée de Papiri, dans le district d’Agwara de l’État du Niger. Les assaillants armés ont kidnappé 303 enfants et 12 enseignants lors de cette opération qui a débuté aux premières heures du jour.

Les victimes, âgées de 10 à 18 ans selon l’Association chrétienne du Nigeria, ont été arrachées à leurs dortoirs dans une région où la présence sécuritaire gouvernementale reste limitée. Un gardien de l’école a été grièvement blessé par balle durant l’assaut, selon le diocèse catholique de Kontagora.

L’isolement géographique de l’école, située près d’une route principale reliant les villes de Yelwa et Mokwa mais entourée de vastes forêts, a facilité l’opération des ravisseurs. L’établissement, qui compte plus de 50 salles de classe et dortoirs répartis sur un vaste campus, accueillait 629 élèves avant l’attaque.

Des évasions individuelles porteuses d’espoir

Les cinquante élèves qui ont pu s’échapper l’ont fait individuellement entre vendredi et samedi, selon le révérend Bulus Dauwa Yohanna, président de l’Association chrétienne du Niger et propriétaire de l’école. Ces jeunes n’ont pas pu retourner à l’établissement après leur fuite et ont directement rejoint leurs familles.

Pour les parents dont les enfants restent introuvables, l’angoisse persiste. Dominic Adamu, dont les filles fréquentent l’école Saint Mary’s mais n’ont heureusement pas été enlevées, a confié à la BBC que l’attaque avait pris tout le monde par surprise et que la communauté entière était épuisée émotionnellement.

Une autre femme, dont les nièces de 6 et 13 ans figurent parmi les victimes, a simplement déclaré : « Je veux juste qu’elles rentrent à la maison. »

Une vague d’enlèvements qui submerge le nord du Nigeria

Cette attaque survient quatre jours seulement après l’enlèvement de 25 écolières dans des circonstances similaires dans l’État voisin de Kebbi, à environ 170 kilomètres de distance. La directrice adjointe de cette école a été tuée par balle lors de cette opération.

Les deux États se trouvent dans une région septentrionale du Nigeria où des dizaines de groupes armés utilisent les enlèvements contre rançon pour dominer les communautés rurales isolées, où la présence gouvernementale et sécuritaire demeure insuffisante.

L’ampleur de cette crise dépasse désormais le tristement célèbre enlèvement des filles de Chibok en 2014, lorsque le groupe terroriste Boko Haram avait kidnappé 276 lycéennes, un événement qui avait choqué le monde entier et déclenché la campagne internationale « Bring Back Our Girls ».

Une réponse gouvernementale sous pression

Face à l’escalade des violences, le gouvernement fédéral nigérian a ordonné vendredi la fermeture immédiate de 47 établissements scolaires à travers le pays. L’État du Niger a également décrété la fermeture de toutes les écoles, publiques comme privées, jusqu’à nouvel ordre.

Le président Bola Tinubu, qui avait initialement prévu de participer au sommet du G20 en Afrique du Sud, a annulé son voyage pour se concentrer sur la crise sécuritaire. Dimanche, lors d’une réunion avec ses chefs de la sécurité, il a ordonné le recrutement de 30 000 policiers supplémentaires et la réaffectation des agents actuellement assignés à la protection rapprochée de personnalités vers des zones reculées vulnérables aux attaques.

Le gouvernement de l’État du Niger a pointé du doigt l’école, affirmant qu’elle avait rouvert ses portes sans autorisation malgré des avertissements sur les menaces sécuritaires croissantes dans la région. L’Association chrétienne du Nigeria a vigoureusement rejeté ces accusations, les qualifiant de tentative de détournement de responsabilité, et a nié avoir reçu de telles directives.

Un système éducatif sous attaque

Selon l’analyste en sécurité Bulama Bukarti, basé à Londres, ces enlèvements dans les régions du nord-ouest et du centre-nord du Nigeria sont principalement motivés par l’appât du gain. Les écoles sont devenues des cibles « stratégiques » pour attirer l’attention médiatique et maximiser les chances d’obtenir des rançons importantes.

Ibrahim Ndamitso, journaliste basé à Minna, la capitale de l’État du Niger, explique que la région septentrionale de l’État souffre particulièrement d’activités de banditisme. Les groupes armés en ont fait un point de transit pour le vol de bétail, les enlèvements contre rançon et diverses formes de criminalité organisée.

L’Association chrétienne du Nigeria a fermement rejeté l’idée que ces attaques ciblent spécifiquement les chrétiens, soulignant que des groupes étrangers cherchent à exploiter les crises domestiques pour créer des divisions religieuses. La réalité est que les communautés musulmanes et chrétiennes du nord du Nigeria sont toutes deux victimes de ces violences.

Un appel du pape et une mobilisation internationale

Le pape François a lancé un appel pour la libération des élèves et enseignants lors de son allocution hebdomadaire dimanche. Il s’est déclaré profondément peiné, particulièrement pour les nombreux jeunes kidnappés et leurs familles angoissées, exhortant les autorités compétentes à prendre des décisions appropriées et rapides pour assurer leur libération.

Les Nations Unies, par l’intermédiaire de leur vice-secrétaire générale Amina Mohammed, ancienne ministre nigériane de l’Environnement, ont déclaré que les écoles doivent être des sanctuaires d’éducation, non des cibles d’attaques, appelant à tenir les auteurs responsables de leurs actes.

Les autorités déploient actuellement des équipes tactiques et des chasseurs locaux pour retrouver les victimes dans les vastes zones forestières de la région. Aucun groupe n’a encore revendiqué la responsabilité de cet enlèvement, et aucune demande de rançon n’a été rendue publique à ce stade.

Cette tragédie illustre la fragilité persistante du système éducatif nigérian dans les régions en proie à l’insécurité, où des centaines d’écoles restent fermées et où des milliers d’enfants voient leur droit à l’éducation bafoué par la violence endémique.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.