Le Vietnam, une boussole du Sud pour l’Afrique en quête de développement souverain

Dans un monde en mutation, où les modèles de développement occidentaux montrent leurs limites, le Vietnam s’impose discrètement comme une réussite du Sud global. Pour l’Afrique, en quête de stratégies alternatives, ce pays d’Asie du Sud-Est offre une source d’inspiration concrète et crédible.

Un passé commun : colonisation, guerre, reconstruction

Comme de nombreux pays africains, le Vietnam porte les cicatrices d’un passé colonial long et brutal — marqué par la domination française — suivi d’un conflit dévastateur contre les États-Unis. À la fin des années 1970, le pays est ruiné, isolé diplomatiquement et économiquement. Pourtant, moins de cinquante ans plus tard, le Vietnam s’impose comme un acteur économique régional incontournable, membre de multiples accords commerciaux et partenaire convoité par les grandes puissances.

Que s’est-il passé entre-temps ? Une révolution silencieuse.

Les réformes Đổi Mới : quand pragmatisme rime avec souveraineté

Lancée en 1986, la politique du Đổi Mới (“renouveau”) n’a rien d’un copier-coller de recettes étrangères. Elle repose sur une ouverture économique progressive, tout en maintenant un État stratège, gardien des secteurs clés et protecteur du tissu social.

Les résultats sont impressionnants :

  • Une croissance économique stable autour de 6–7 % par an depuis deux décennies.
  • Une réduction drastique de la pauvreté : de 70 % en 1990 à moins de 6 % aujourd’hui.
  • Une industrie dynamique, avec des exportations de haute technologie (téléphones, composants électroniques) en forte progression.

L’éducation comme moteur de la transformation

L’une des clés du succès vietnamien tient en un mot : éducation. Le pays a investi massivement dans la formation, avec un accès universel à l’école primaire et des performances scolaires supérieures à bien des pays riches. Cette politique a produit une main-d’œuvre qualifiée à bas coût, favorisant l’attractivité industrielle sans céder à l’exploitation.

Un modèle pour l’Afrique ?

L’Afrique, encore trop souvent piégée entre dépendance économique, dette chronique et modèles imposés par l’extérieur, pourrait tirer plusieurs leçons du cas vietnamien :

  1. Construire un État fort, non pour tout contrôler, mais pour orienter.
  2. S’ouvrir au monde, mais selon ses propres termes.
  3. Faire de l’éducation une priorité absolue, pour sortir durablement de la pauvreté.
  4. Protéger ses ressources et ses filières stratégiques.

Le Vietnam n’a ni pétrole en abondance, ni or, ni diamants. Il a surtout compté sur le capital humain, la stabilité politique, et une vision à long terme.

Et si l’avenir de l’Afrique passait par Hanoï ?

Ce n’est ni la Chine, ni l’Europe, ni les États-Unis que le continent africain devrait imiter. Mais peut-être ce petit pays de 100 millions d’habitants, qui a appris à négocier avec les grandes puissances sans jamais renier sa trajectoire.

L’émancipation ne viendra pas de l’extérieur, mais d’une capacité à penser autrement, à partir du réel. Et le Vietnam, discrètement mais sûrement, l’a déjà prouvé.