Gaza étranglée par la pénurie de carburant : quand la survie se négocie au prix du gasoil

Dans la bande de Gaza, la pénurie de carburant n’est plus seulement une contrainte économique : elle est devenue une question de vie ou de mort. Les hôpitaux tournent à bout de souffle, les générateurs s’éteignent, et la population civile subit de plein fouet les conséquences d’un blocus qui s’intensifie de semaine en semaine.

Une crise énergétique aux répercussions humanitaires immédiates

Le gasoil occupe une place centrale dans le fonctionnement quotidien de Gaza. Il alimente les véhicules de transport, les pompes à eau, mais surtout les générateurs électriques des infrastructures vitales, au premier rang desquelles les hôpitaux. Lorsque les stocks s’épuisent, ce ne sont pas seulement des voitures qui s’immobilisent — ce sont des blocs opératoires qui s’obscurcissent, des couveuses qui s’arrêtent, des dialyses qui s’interrompent. Selon les informations relayées par RFI, les effets de ces pénuries et des hausses vertigineuses des prix sont désormais très concrets et parfois dramatiques pour la population gazaouie.

Les prix du carburant ont connu une explosion sans précédent dans le territoire palestinien. Là où un litre de gasoil était autrefois accessible, son coût a été multiplié par plusieurs fois en quelques mois, rendant son acquisition impossible pour la majorité des familles et des petites structures. Les commerçants, les agriculteurs, les transporteurs — tous ceux qui dépendent du carburant pour exercer leur activité — se retrouvent paralysés, aggravant une situation économique déjà catastrophique.

Un contexte géopolitique explosif qui alimente la crise

Cette crise du carburant ne peut être dissociée du contexte géopolitique plus large dans lequel elle s’inscrit. Le blocus imposé à Gaza par Israël, renforcé depuis l’intensification des opérations militaires déclenchées après les attaques du 7 octobre 2023, limite drastiquement les entrées de carburant dans le territoire. Les points de passage, contrôlés par les autorités israéliennes, régulent — et souvent suspendent — les livraisons de produits essentiels, y compris le combustible.

La dimension régionale de ce conflit implique également d’autres acteurs. L’Iran, soutien historique du Hamas, se trouve au coeur des équilibres de puissance qui conditionnent indirectement les flux d’aide vers Gaza. Les tensions entre Tel-Aviv et Téhéran, qui se sont manifestées par des échanges de frappes directes en 2024, ont contribué à rigidifier les positions et à rendre toute solution négociée plus difficile à atteindre. Dans ce contexte, la population civile gazaouie demeure la principale victime d’un bras de fer géopolitique qui la dépasse.

La solidarité internationale : des appels sans effets suffisants

Face à cette situation, les organisations humanitaires internationales multiplient les alertes. L’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, ainsi que plusieurs ONG présentes sur le terrain, ont régulièrement signalé l’insuffisance des livraisons de carburant au regard des besoins réels. Des pays africains membres de l’Union africaine, ainsi que plusieurs États du Sud global, ont exprimé leur solidarité avec le peuple palestinien lors de forums internationaux, appelant à la levée immédiate du blocus et à la garantie d’un accès humanitaire sans entraves.

Sur le continent africain, la cause palestinienne reste profondément ancrée dans les mémoires des luttes anticoloniales. De nombreux gouvernements africains ont voté en faveur de résolutions à l’Assemblée générale des Nations Unies demandant un cessez-le-feu immédiat et la protection des civils. Pourtant, ces prises de position diplomatiques peinent à se traduire en actions concrètes capables de modifier le cours des événements sur le terrain.

Des infrastructures sanitaires au bord de l’effondrement

L’hôpital Al-Shifa, autrefois le plus grand complexe médical de Gaza, ainsi que plusieurs autres établissements de santé, ont été contraints de suspendre ou de réduire drastiquement leurs activités faute de carburant pour faire fonctionner leurs générateurs. Dans un territoire où le réseau électrique public ne délivre que quelques heures de courant par jour en temps normal, les générateurs ne sont pas un luxe — ils sont la colonne vertébrale du système de soins. Leur arrêt équivaut à une condamnation à mort pour les patients les plus vulnérables.

Les témoignages recueillis auprès du personnel médical et des habitants de Gaza dressent un tableau sombre : des interventions chirurgicales réalisées à la lumière des téléphones portables, des médicaments qui se périment faute de réfrigération, des nouveau-nés placés dans des incubateurs alimentés par des générateurs de fortune. La pénurie de carburant a ainsi transformé chaque heure de la journée en une course contre la montre pour les professionnels de santé.

Alors que les négociations pour un cessez-le-feu durable restent dans l’impasse et que les couloirs humanitaires demeurent insuffisants, la question du carburant à Gaza cristallise l’ensemble des enjeux de ce conflit : la survie immédiate d’une population assiégée, la responsabilité de la communauté internationale et l’urgence d’une solution politique qui place enfin la vie humaine au centre des priorités.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
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