L’Alliance des États du Sahel (AES) a haussé le ton face à l’Union européenne. Après que le Niger a exprimé sa colère en réponse à une résolution du Parlement européen réclamant la libération de l’ancien président Mohamed Bazoum, c’est désormais l’ensemble du bloc régional — Mali, Burkina Faso et Niger — qui dit son « indignation » face à ce qu’il considère comme une ingérence inacceptable dans les affaires internes de ses États membres.
La semaine dernière, les députés européens avaient adopté une résolution exigeant la libération « immédiate et inconditionnelle » de Mohamed Bazoum, renversé lors du coup d’État militaire du 26 juillet 2023 à Niamey. L’ancien chef d’État nigérien est depuis lors détenu, selon ses proches et plusieurs organisations de défense des droits humains, dans des conditions jugées préoccupantes. La résolution européenne, relayée notamment par Jeune Afrique, a immédiatement provoqué une vive réaction des autorités de transition.
Dans une déclaration commune, les trois pays de l’AES ont rejeté fermement cette initiative, la qualifiant d’atteinte à leur souveraineté nationale. Pour les juntes au pouvoir à Niamey, Bamako et Ouagadougou, cette prise de position du Parlement européen illustre une fois de plus la tendance de l’Occident à vouloir dicter sa conduite aux États africains, au mépris du principe de non-ingérence consacré par le droit international.
Cette réaction groupée de l’AES n’est pas anodine. Elle témoigne de la cohésion croissante de ce bloc né en septembre 2023, qui s’est progressivement imposé comme un contrepoids aux institutions régionales traditionnelles telles que la CEDEAO, dont les trois pays ont annoncé leur retrait. Depuis sa création, l’AES a multiplié les prises de position communes sur la scène diplomatique, affirmant une ligne souverainiste assumée et une méfiance déclarée à l’égard des puissances occidentales.
Le cas Bazoum cristallise des tensions plus larges entre l’Afrique sahélienne et ses anciens partenaires européens. Plusieurs organisations panafricaines et observateurs du continent rappellent que la question de la gouvernance post-coup d’État, ainsi que celle des transitions démocratiques, ne saurait être traitée de manière efficace par des injonctions extérieures, et nécessite un dialogue inclusif impliquant en premier lieu les acteurs africains.
Du côté des défenseurs des droits humains, la situation de Mohamed Bazoum demeure préoccupante. Des voix s’élèvent régulièrement, tant sur le continent qu’à l’international, pour réclamer des garanties quant à son état de santé et à ses conditions de détention, sans pour autant obtenir de réponses officielles satisfaisantes de la part des autorités nigériennes de transition.
La confrontation entre l’AES et le Parlement européen sur ce dossier illustre la recomposition profonde des relations entre l’Afrique sahélienne et ses partenaires traditionnels, une dynamique dont les contours définitifs restent encore largement à dessiner.





Laisser une Réponse