En Tunisie, la justice vient de prononcer une lourde peine contre l’une des voix les plus engagées dans la lutte contre le racisme sur le continent africain. Saadia Mosbah, fondatrice de l’association Mnemty, a été condamnée jeudi à huit ans de prison, une sentence qui scandalise les défenseurs des droits humains bien au-delà des frontières tunisiennes.
Incarcérée depuis près de deux ans, Saadia Mosbah faisait face à des accusations de malversation financière, des charges que ses soutiens ont toujours qualifiées de politiquement motivées. Selon les informations rapportées par Africanews FR, le tribunal tunisien a rendu son verdict ce jeudi, confirmant une condamnation à huit années d’emprisonnement pour celle qui s’était imposée comme une figure incontournable de la défense des droits des Noirs en Tunisie et dans la région.
Saadia Mosbah avait fondé l’association Mnemty — dont le nom signifie « mon rêve » en arabe — pour lutter contre la discrimination raciale dans un pays où les Tunisiens noirs, ainsi que les migrants subsahariens, sont régulièrement victimes de préjugés et de violences. Son combat avait notamment porté ses fruits en 2018, lorsque la Tunisie était devenue le premier pays arabe et africain à adopter une loi criminalisant le racisme. Ce succès législatif, historique pour la région, lui avait valu une reconnaissance internationale et un rayonnement qui dépassait les frontières du Maghreb.
L’arrestation de la militante en 2024, intervenue dans un contexte de rétrécissement progressif de l’espace civique sous la présidence de Kaïs Saïed, avait déjà suscité une vague de protestation. De nombreuses organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International et Human Rights Watch, avaient dénoncé une arrestation arbitraire visant à museler une opposante gênante. Pour ses défenseurs, les accusations financières ne sont qu’un prétexte pour neutraliser une militante dont la lutte antiraciste dérangeait les cercles du pouvoir.
Ce verdict s’inscrit dans une tendance plus large et inquiétante observée sur le continent : la criminalisation des acteurs de la société civile qui osent défier les récits officiels ou défendre les droits des minorités. De l’Afrique de l’Est au Maghreb, des militants, journalistes et défenseurs des droits sont de plus en plus souvent poursuivis en justice sous des chefs d’accusation financiers ou sécuritaires, des méthodes qui permettent aux États de contourner les accusations de persécution politique.
En Tunisie même, la condamnation de Saadia Mosbah intervient alors que des milliers de migrants subsahariens continuent de faire face à des conditions d’une extrême précarité, dans un contexte de discours officiels ouvertement hostiles à leur présence. La disparition de l’une des rares voix capables de porter leur cause devant les institutions représente ainsi un recul significatif pour la protection des droits fondamentaux dans le pays.
La question reste entière : les instances judiciaires tunisiennes, sous pression internationale croissante, accorderont-elles à Saadia Mosbah la possibilité d’un recours équitable, ou ce verdict marque-t-il une nouvelle étape dans l’érosion des libertés civiles au pays du Jasmin ?





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