L’Angola quitte la table des négociations : la paix en RDC de nouveau en suspens

C’est un coup dur pour les efforts de paix dans la région des Grands Lacs. L’Angola a officiellement annoncé, lundi 24 mars, son retrait du rôle de médiateur entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, en raison de l’impasse persistante dans les négociations et de l’absence de progrès concrets sur le terrain.

Dans un communiqué publié par la présidence angolaise, Luanda explique que les conditions ne sont « plus réunies pour continuer à exercer efficacement » la médiation dans la crise opposant Kinshasa à Kigali. Le président angolais João Lourenço, qui portait cette initiative diplomatique depuis 2022 sous mandat de l’Union africaine, a fait savoir qu’il souhaitait désormais se concentrer sur d’autres priorités continentales.

Échec d’une dernière tentative

Le retrait angolais intervient une semaine après l’échec d’une nouvelle tentative de pourparlers à Luanda, boycottés par les rebelles du M23, accusés par Kinshasa d’être soutenus militairement par le Rwanda — ce que Kigali continue de nier. Le groupe armé, très actif dans la province du Nord-Kivu, a justifié son absence par les sanctions imposées par l’Union européenne à certains de ses chefs, estimant que les conditions du dialogue n’étaient pas réunies.

Malgré plusieurs cessez-le-feu déclarés ces deux dernières années, la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC continue de se détériorer. D’après les Nations Unies, plus de 6 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, principalement en raison des violences armées dans les provinces orientales.

Une lueur à Doha

Surprise diplomatique : alors que l’Angola annonçait son retrait, une rencontre inédite se tenait à Doha, au Qatar. Le 18 mars, les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame se sont entretenus en présence de l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani. Les deux chefs d’État se sont engagés à respecter un cessez-le-feu immédiat et à reprendre le dialogue bilatéral. Si l’initiative a été saluée par la communauté internationale, notamment par la France et l’Union africaine, elle reste fragile, faute de mécanismes de suivi clairs.

Une nouvelle équipe de médiation en préparation

Pour combler le vide laissé par l’Angola, la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ont décidé de mettre sur pied une nouvelle équipe de médiation. Elle devrait inclure cinq anciens chefs d’État africains, parmi lesquels l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo et son homologue sud-africain Kgalema Motlanthe. Leur mandat : relancer les pourparlers, rétablir la confiance, et proposer un médiateur accepté par toutes les parties.

Un conflit aux racines profondes

Au-delà des jeux diplomatiques, la crise entre la RDC et le Rwanda s’enracine dans une histoire complexe, nourrie par les séquelles du génocide rwandais, les conflits ethniques et la lutte pour le contrôle des ressources naturelles. Dans le Nord-Kivu, les mines d’or, de coltan et d’étain attisent la convoitise des groupes armés et des puissances régionales, dans une région où l’État congolais peine à asseoir son autorité.

Pour de nombreux observateurs, le départ de l’Angola de la médiation n’est pas seulement un revers diplomatique. Il symbolise l’essoufflement des initiatives africaines de résolution des conflits lorsque les intérêts nationaux prennent le pas sur l’agenda commun.

En attendant une relance crédible du processus de paix, les populations civiles de l’Est congolais, déjà épuisées par des décennies d’instabilité, continuent de vivre sous la menace constante des armes.