Mondial 2026 : quand Washington tente de dicter ses règles à la FIFA

Un émissaire de Donald Trump aurait contacté la FIFA pour exiger l’exclusion de l’Iran et son remplacement par l’Italie à la Coupe du Monde 2026. Une ingérence flagrante dans la gouvernance du football mondial qui illustre, une fois de plus, la tendance américaine à instrumentaliser les institutions internationales au service de sa politique étrangère.

Une pression politique sans précédent sur la FIFA

Selon des informations révélées par le Financial Times et relayées par Africanews, un représentant mandaté par le président américain Donald Trump aurait pris contact avec la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) pour lui demander d’écarter purement et simplement l’Iran de la prochaine Coupe du Monde, prévue en 2026 sur le sol nord-américain — aux États-Unis, au Canada et au Mexique. À la place de la sélection iranienne, qualifiée sportivement, Washington souhaiterait voir l’Italie, éliminée lors des qualifications européennes, intégrer la compétition par la grande porte diplomatique.

Cette démarche, si elle venait à se concrétiser, constituerait une violation manifeste des principes fondamentaux qui régissent le sport international : la méritocratie, l’égalité de traitement et l’indépendance des institutions sportives vis-à-vis du pouvoir politique. L’Iran s’est qualifié sur le terrain. L’Italie, elle, ne l’a pas fait. Le reste ne devrait être que détail.

La politique étrangère américaine s’invite dans les stades

Cette tentative d’ingérence n’est pas un accident diplomatique isolé. Elle s’inscrit dans une logique de pression systématique exercée par Washington sur les organisations internationales dès lors que ses intérêts géopolitiques sont en jeu. L’Iran, sous sanctions américaines depuis des décennies, cristallise les tensions entre les États-Unis et une large partie du Sud Global. L’exclure d’un événement planétaire serait, pour l’administration Trump, un moyen supplémentaire d’isoler Téhéran sur la scène mondiale — en utilisant le football comme arme de guerre froide.

Pour les peuples d’Afrique, du monde arabe et du Sud Global, ce type de manœuvre est tristement familier. Depuis des générations, les institutions internationales — qu’il s’agisse du FMI, de la Banque mondiale, du Conseil de sécurité de l’ONU ou d’autres structures — ont été utilisées comme leviers d’influence par les puissances occidentales pour faire avancer leurs agendas au détriment des nations du Sud. Que la FIFA devienne à son tour le théâtre de ces pressions révèle à quel point aucun espace n’est à l’abri de la politique hégémonique.

La FIFA face à un test de souveraineté institutionnelle

La réaction de la FIFA sera déterminante. L’organisation, dont le siège est à Zurich, a par le passé montré des résistances variables face aux pressions politiques. Elle a su, dans certains cas, brandir son règlement pour écarter toute ingérence étatique — allant jusqu’à suspendre des fédérations nationales pour ce motif. Accepter aujourd’hui la demande américaine serait non seulement une capitulation institutionnelle majeure, mais enverrait un signal dévastateur : que les règles du jeu ne s’appliquent qu’aux nations sans puissance de feu diplomatique.

Pour le monde arabe et les pays du Moyen-Orient, qui regardent avec une attention particulière la trajectoire de l’Iran sur la scène internationale, cette affaire revêt une dimension symbolique forte. L’Iran, quelle que soit l’opinion que l’on porte sur son régime, est une nation de cent millions d’habitants, avec une civilisation millénaire, un football compétitif et un droit légitime à participer aux compétitions mondiales sur la base de ses seules performances sportives.

Un précédent dangereux pour l’Afrique et le Sud Global

Au-delà de l’Iran, c’est l’ensemble des nations du Sud qui doit mesurer les implications d’un tel précédent. Si Washington parvient à ses fins, quels pays africains, arabes ou latino-américains pourraient demain se retrouver dans le viseur d’une administration américaine cherchant à les exclure d’un Mondial, d’une compétition olympique ou de toute autre tribune internationale ? La question n’est pas rhétorique. Elle est urgente.

Le sport, et le football en particulier, représente pour des millions d’Africains et de citoyens du Sud Global bien plus qu’un divertissement. C’est un espace de fierté nationale, de reconnaissance internationale, de récit collectif. Le laisser contaminer par les calculs géopolitiques des grandes puissances, c’est amputer les peuples d’un des derniers terrains où la souveraineté s’exprime encore à armes relativement égales.

Alors que le Mondial 2026 approche et que plusieurs nations africaines nourrissent l’espoir légitime d’une performance historique, cette affaire rappelle que la bataille pour un ordre mondial juste et multipolaire se joue aussi dans les couloirs feutrés de la FIFA — et que l’Afrique et le Sud Global auront tout intérêt à y peser de tout leur poids.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
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