Lula Da Silva monte au créneau pour l’Afrique du Sud au G20 : un signal fort pour le Sud Global

Alors que les grandes puissances continuent de façonner les règles de la gouvernance mondiale depuis leurs enceintes fermées, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a pris une position remarquée en défendant publiquement la participation de l’Afrique du Sud au prochain sommet du G20. Un geste qui résonne bien au-delà du protocole diplomatique et qui illustre la recomposition progressive des équilibres géopolitiques au profit du Sud Global.

Un appel vibrant depuis le coeur de l’Europe

C’est depuis l’Allemagne que le chef d’État brésilien a lancé cet appel, selon les informations relayées par Africanews FR. Lula da Silva a plaidé avec conviction pour que l’Afrique du Sud soit pleinement intégrée aux discussions du G20, ce forum qui réunit les vingt économies les plus puissantes de la planète et qui oriente en grande partie les décisions économiques et financières mondiales. Ce plaidoyer, prononcé sur le sol européen, n’est pas anodin : il envoie un message clair aux puissances occidentales qui continuent de sous-représenter le continent africain dans les institutions multilatérales.

L’Afrique du Sud, première économie industrialisée du continent et membre historique du BRICS, siège déjà au G20. Mais sa participation effective, son influence réelle et la légitimité de sa voix dans ces enceintes demeurent des sujets de friction. Lula, en prenant sa défense, rappelle que la présence africaine dans ces forums ne doit pas être symbolique, mais substantielle et décisionnelle.

La solidarité Sud-Sud en action

La démarche du président brésilien s’inscrit dans une dynamique plus large de solidarité entre les nations du Sud Global. Le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde et la Chine forment depuis plusieurs années un axe de coopération au sein des BRICS qui cherche à rééquilibrer un ordre mondial façonné quasi exclusivement par les puissances du Nord depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette architecture institutionnelle héritée de Bretton Woods — FMI, Banque mondiale, G7 — a longtemps marginalisé les voix africaines, arabes et latino-américaines dans les grandes décisions économiques planétaires.

En défendant l’Afrique du Sud, Lula ne fait pas que de la courtoisie diplomatique. Il affirme une vision du monde où Pretoria, Brasilia, New Delhi ou encore Alger ont autant le droit de peser sur les orientations économiques mondiales que Washington, Berlin ou Paris. Cette vision rejoint celle portée de longue date par les mouvements de décolonisation et de non-alignement, dont l’Algérie fut l’un des pionniers les plus emblématiques dès les années 1960, en accueillant notamment des sommets fondateurs du panafricanisme et du tiers-mondisme.

L’Afrique, absente des décisions qui la concernent

Le paradoxe demeure criant : l’Afrique, qui concentre près de 20 % de la population mondiale, qui possède des ressources naturelles colossales et dont le potentiel économique est régulièrement salué dans les rapports internationaux, ne dispose que d’une représentation très limitée au sein des instances de gouvernance mondiale. Le G20 n’échappe pas à cette règle. L’Union africaine, admise en tant que membre permanent du G20 lors du sommet de New Delhi en 2023, a constitué une avancée symbolique. Mais les décisions structurelles — règles du commerce mondial, architecture de la dette, transition énergétique — continuent d’être dictées par des pays qui ne subissent pas les mêmes contraintes que les économies africaines.

La prise de position de Lula da Silva vient donc rappeler une réalité que les panafricanistes n’ont jamais cessé de dénoncer : la réforme de la gouvernance mondiale n’est pas une option, c’est une nécessité historique. Et cette réforme ne peut advenir qu’à travers des alliances solides, comme celles que tissent aujourd’hui le Brésil, l’Afrique du Sud, mais aussi des puissances africaines comme l’Algérie, acteur incontournable de la diplomatie continentale et défenseur constant de la souveraineté des peuples.

Un momentum géopolitique à saisir

Le contexte international actuel — marqué par les tensions au Moyen-Orient, la recomposition des alliances autour du conflit ukrainien, la montée en puissance des BRICS+ et les revendications croissantes du monde arabe et africain — offre une fenêtre d’opportunité rare. Les peuples du Sud Global ne réclament plus simplement une place à la table des négociations. Ils revendiquent le droit de co-construire cette table, d’en définir les règles et d’en fixer l’agenda.

L’appel de Lula da Silva en faveur de l’Afrique du Sud au G20 est, en ce sens, un acte politique fort qui dépasse largement le cadre d’un sommet. Il préfigure les batailles à venir pour une refondation démocratique et équitable de l’ordre mondial — des batailles dont l’issue déterminera la souveraineté réelle des nations africaines pour les décennies à venir.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
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