Soudan : trois ans de guerre et une conférence de donateurs à Berlin qui tourne le dos aux belligérants

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Trois ans après le déclenchement d’un conflit qui a plongé le Soudan dans l’une des pires crises humanitaires de la planète, la communauté internationale se retrouve à Berlin pour tenter de coordonner une réponse d’urgence. Une réunion diplomatique cruciale, mais dont l’absence des deux camps en guerre soulève autant d’espoirs que d’interrogations.

Une conférence sous le signe de l’urgence humanitaire

La capitale allemande accueille une réunion de haut niveau rassemblant gouvernements donateurs, agences humanitaires onusiennes et organisations de la société civile. L’objectif affiché est clair : mobiliser des fonds et coordonner l’aide à destination des millions de Soudanais pris en étau entre deux forces militaires qui se disputent le contrôle du pays depuis avril 2023. Selon les données relayées par Le Monde Afrique, le conflit a déjà causé des dizaines de milliers de morts, et des millions de personnes ont été contraintes à l’exode, faisant du Soudan l’un des pays qui enregistre le plus grand nombre de déplacés internes au monde.

Le bilan humain est vertigineux. Des régions entières, notamment le Darfour, sont le théâtre de violences d’une brutalité extrême. Des témoignages recueillis par des ONG présentes sur le terrain font état de massacres, de viols systématiques et de destructions d’infrastructures civiles, pratiques qui pourraient constituer des crimes de guerre selon plusieurs juristes internationaux. L’accès humanitaire reste lui-même un enjeu central : les deux belligérants sont régulièrement accusés d’entraver le passage des convois d’aide.

Les FSR et l’armée soudanaise, grands absents de Berlin

L’un des aspects les plus significatifs de cette conférence est précisément ce qu’elle ne contient pas : ni l’armée soudanaise régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, ni les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Daglo, dit « Hemeti », n’ont été conviées à la table des discussions. Ce choix délibéré reflète la frustration croissante de la communauté internationale face à l’intransigeance des deux camps et leur refus répété de s’engager sérieusement dans des pourparlers de paix durables.

Cette exclusion est aussi le signe d’un aveu d’impuissance diplomatique. Les tentatives de médiation menées successivement par l’Union africaine, les États-Unis, l’Arabie saoudite et d’autres acteurs régionaux n’ont pas réussi à imposer un cessez-le-feu pérenne. La dimension géopolitique du conflit est en effet complexe : plusieurs puissances étrangères sont soupçonnées de soutenir l’un ou l’autre camp, des pays du Golfe aux acteurs africains, en passant par des réseaux d’approvisionnement en armes dont certaines pistes remontent jusqu’à des intermédiaires liés à des zones d’influence proche-orientales.

Un continent africain en quête de solutions propres

Pour de nombreuses voix africaines, cette conférence berlinoise illustre une fois de plus la tendance des puissances occidentales à prendre en charge la gestion des crises africaines depuis leurs capitales, sans véritablement associer les populations et les institutions continentales à la conception des réponses. L’Union africaine, dont le rôle de médiateur a souvent été marginalisé au profit d’initiatives occidentales ou onusiennes, peine à s’imposer comme l’instance de référence dans ce dossier.

Pourtant, les solutions durables au conflit soudanais ne pourront émerger que d’un processus ancré dans la réalité africaine, intégrant les dynamiques tribales, les équilibres régionaux et les aspirations démocratiques d’une société civile soudanaise qui, malgré tout, continue de résister et de s’organiser. Les organisations de cette société civile présentes à Berlin portent d’ailleurs ce message avec insistance, réclamant non seulement des fonds, mais une véritable architecture politique de sortie de crise.

Alors que la communauté internationale débat à Berlin des moyens de soulager les souffrances immédiates, la question fondamentale demeure entière : qui sera capable d’imposer aux généraux soudanais un arrêt des combats, et à quel prix politique et géopolitique cette paix devra-t-elle être négociée pour être enfin durable ?

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
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