La junte militaire au pouvoir au Niger a franchi un nouveau cap dans sa politique de répression des figures de l’ancien régime. L’ex-Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, proche collaborateur de l’ancien président Mohamed Bazoum, figure désormais sur une liste de personnalités sanctionnées pour « actes terroristes », une accusation aux contours flous qui suscite l’inquiétude des observateurs et de la communauté internationale.
Des sanctions aux motivations politiques contestées
Selon les informations rapportées par Jeune Afrique, Ouhoumoudou Mahamadou est l’une des trois personnalités visées par ces nouvelles mesures coercitives décidées par le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), l’organe militaire qui gouverne le Niger depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. L’ancien chef du gouvernement, qui avait occupé le poste de Premier ministre sous la présidence de Mohamed Bazoum entre 2021 et 2023, est également connu pour ses liens étroits avec l’ancien président Mahamadou Issoufou, figure centrale du Niger démocratique de la dernière décennie.
La qualification d’« actes terroristes » retenue contre ces personnalités est perçue par de nombreux analystes comme un outil judiciaire et politique destiné à neutraliser toute opposition potentielle au régime militaire. Cette pratique n’est pas sans rappeler celle observée dans d’autres États sous gouvernance militaire sur le continent africain, où l’arsenal législatif antiterroriste est régulièrement mobilisé pour écarter des adversaires politiques plutôt que pour lutter contre des menaces sécuritaires réelles.
Un contexte de détention prolongée de l’ancien président Bazoum
Ces sanctions interviennent dans un climat de tensions persistantes autour du sort de Mohamed Bazoum, toujours maintenu en détention depuis son renversement il y a près de deux ans. L’ancien président, dont la libération a été réclamée à maintes reprises par la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union Africaine, les Nations Unies ainsi que plusieurs chancelleries occidentales, demeure une figure symbolique de la résistance institutionnelle au coup de force militaire. Son maintien en détention constitue l’un des principaux points de friction entre Niamey et la communauté internationale.
En sanctionnant des proches de Bazoum et d’Issoufou, la junte envoie un signal clair : elle entend verrouiller durablement l’espace politique nigérien et marginaliser les réseaux qui pourraient favoriser un retour à l’ordre constitutionnel. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de consolidation du pouvoir que l’on a également observée dans les juntes malienne et burkinabè, les trois pays formant désormais l’Alliance des États du Sahel (AES), un bloc souverainiste qui a officialisé son retrait de la CEDEAO.
Des répercussions géopolitiques sur fond de recomposition régionale
La dérive autoritaire au Niger s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large de recomposition des alliances en Afrique de l’Ouest. Le rapprochement des juntes sahéliennes avec la Russie, via le groupe Wagner devenu Africa Corps, et leur distanciation vis-à-vis des partenaires occidentaux traditionnels, redessinent profondément les équilibres régionaux. Si la comparaison avec des dynamiques observées au Moyen-Orient ou en Iran peut sembler lointaine, le recours systématique à la rhétorique antiterroriste pour légitimer des purges politiques constitue un schéma récurrent dans les régimes qui cherchent à s’affranchir des normes démocratiques internationales.
Par ailleurs, la situation humanitaire et sécuritaire au Niger, confronté à la menace jihadiste dans la région des trois frontières, risque d’être fragilisée davantage par ces crispations politiques internes. Les partenaires humanitaires et les bailleurs de fonds internationaux observent avec préoccupation une gouvernance de plus en plus tournée vers la répression plutôt que vers la stabilisation du pays.
Alors que le Niger s’enfonce dans une isolation diplomatique croissante et que la transition politique promise par les militaires tarde à se concrétiser, la question centrale reste entière : jusqu’où la junte est-elle prête à aller pour asseoir son emprise, et quelles marges de manoeuvre reste-t-il aux acteurs régionaux et internationaux pour peser sur l’avenir démocratique du pays ?





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