Hindou Oumarou Ibrahim : la voix des peuples autochtones s’élève au coeur des décisions climatiques mondiales

Elle est devenue l’une des figures les plus respectées du militantisme climatique à l’échelle internationale. Hindou Oumarou Ibrahim, activiste tchadienne et co-présidente du Forum international des peuples autochtones sur le changement climatique, a une nouvelle fois fait entendre une exigence fondamentale : les peuples autochtones ne peuvent plus se contenter d’assister, en simples spectateurs, aux grandes conférences qui décident de leur avenir et de celui de la planète.

Une présence remarquée au sommet ChangeNOW de Paris

C’est au sommet ChangeNOW, organisé du 30 mars au 1er avril dernier au Grand Palais de Paris, que la militante tchadienne a porté ce message avec une force renouvelée. Cet événement international, dédié aux solutions pour un avenir durable et dont Jeune Afrique est partenaire, a réuni des milliers d’acteurs du changement venus du monde entier. Dans ce cadre prestigieux, Hindou Oumarou Ibrahim a rappelé une réalité souvent occultée par les grandes puissances : les communautés autochtones sont en première ligne face aux dérèglements climatiques, mais demeurent systématiquement exclues des cercles de décision qui façonnent les réponses mondiales à ces crises.

Originaire du Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique, Hindou Oumarou Ibrahim appartient au peuple Mbororo, une communauté de pasteurs nomades dont le mode de vie est directement menacé par la désertification croissante et l’assèchement du lac Tchad. Ce lac, autrefois l’un des plus grands d’Afrique, a perdu plus de 90 % de sa superficie en un demi-siècle, précipitant des tensions entre agriculteurs et éleveurs, des déplacements de populations massifs et une insécurité alimentaire persistante dans toute la région du bassin du lac Tchad, qui concerne également le Niger, le Nigeria et le Cameroun.

Un plaidoyer structurel, au-delà du symbolique

La démarche de la militante va bien au-delà d’un simple appel à la visibilité. Ce qu’elle réclame, c’est une transformation structurelle de la gouvernance climatique mondiale : que les peuples autochtones disposent d’un siège effectif aux tables de négociation, au sein des COP, des forums onusiens et des institutions financières internationales qui allouent les fonds destinés à l’adaptation climatique. Selon elle, intégrer les savoirs traditionnels et les pratiques ancestrales de gestion des ressources naturelles dans les politiques publiques n’est pas une option culturelle, mais une nécessité scientifique et stratégique.

Cette revendication résonne bien au-delà du continent africain. En Amazonie, dans les forêts tropicales d’Asie du Sud-Est ou encore dans les régions arctiques, des communautés autochtones font face aux mêmes dynamiques d’exclusion. À l’échelle géopolitique internationale, la question de la souveraineté des peuples sur leurs terres et leurs ressources naturelles s’inscrit dans un contexte plus large de rivalités entre puissances pour le contrôle des matières premières, des corridors énergétiques et des zones stratégiques, du Sahel aux littoraux du Golfe Persique.

L’Afrique, épicentre d’une injustice climatique documentée

Le continent africain concentre une contradiction criante : il est responsable de moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais supporte certaines des conséquences climatiques les plus sévères. Sécheresses, inondations, érosion côtière, effondrement de la biodiversité — les pays africains paient un prix démesuré pour une crise qu’ils n’ont pas créée. Dans ce contexte, la parole d’Hindou Oumarou Ibrahim incarne une exigence de justice climatique qui dépasse le cadre du militantisme pour rejoindre celui du droit international et de l’équité entre nations.

Saluée par de nombreuses organisations de la société civile et reconnue par les Nations Unies, la militante tchadienne multiplie les interventions dans les espaces diplomatiques les plus influents. Son message, relayé par Jeune Afrique à l’occasion du sommet parisien, est désormais porté à une échelle mondiale : l’urgence climatique ne peut trouver de réponses durables sans la pleine participation des peuples qui vivent, depuis des générations, en symbiose avec les écosystèmes en péril.

Alors que la prochaine Conférence des parties sur le climat, la COP30, se tiendra en novembre 2025 à Belém, au Brésil — ville-porte de l’Amazonie —, la question de la représentation des peuples autochtones dans les processus de décision climatique s’annonce comme l’un des enjeux centraux d’une négociation dont dépend, pour une large part, l’avenir de millions de communautés à travers le monde.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
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