ALGER – La nouvelle est tombée tel un couperet sur le continent : Liamine Zéroual, ancien chef de l’État algérien (1994-1999) et figure emblématique de la lutte anticoloniale, s’est éteint. Enfant des Aurès et pur produit de l’Armée de Libération Nationale (ALN), il laisse derrière lui l’image d’un homme d’État dont la rigueur morale et le patriotisme ont permis à l’Algérie de traverser l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine.
Un destin forgé dans le feu de la Révolution
Né en 1941 à Batna, Liamine Zéroual n’avait que 16 ans lorsqu’il rejoignit les rangs de l’ALN pour combattre l’occupation française. Ce passage précoce par le maquis a forgé chez lui une conviction inébranlable : la souveraineté nationale n’est pas négociable. Après l’indépendance, il poursuit une carrière militaire exemplaire, se formant dans les meilleures académies (Égypte, URSS, France), avant d’occuper de hautes fonctions au sein de l’Armée Nationale Populaire (ANP).
Pourtant, c’est son sens de l’éthique qui le distingue. En 1990, il démissionne de son poste de commandant des forces terrestres suite à un désaccord avec la hiérarchie militaire sur la restructuration de l’armée. Un geste de retrait qui préfigurait déjà l’homme de principes qu’il resterait jusqu’à sa mort.
L’architecte du consensus en pleine « Décennie Noire »
Lorsqu’il est appelé à la présidence de l’État en janvier 1994 par le Haut Conseil de Sécurité, l’Algérie est au bord du gouffre. Le terrorisme déchire le tissu social et le pays est diplomatiquement isolé. Zéroual, avec son calme légendaire et sa voix grave, incarne alors la stabilité.
Son action nationale repose sur deux piliers :
- La légitimité par les urnes : Il organise en novembre 1995 la première élection présidentielle pluraliste de l’histoire du pays, qu’il remporte avec plus de 61 % des suffrages. Ce scrutin marque le début de la reconstruction des institutions.
- La main tendue (Loi sur la Rahma) : Précurseur de la réconciliation nationale, il promulgue la loi sur la Clémence, offrant une issue aux égarés du terrorisme tout en maintenant une fermeté absolue contre les ennemis de la République.
Le Panafricanisme et la doctrine de non-ingérence
Au niveau international, Liamine Zéroual a été le gardien scrupuleux de la doctrine diplomatique algérienne. Pour le journal Révolution Africaine, son héritage continental est immense. Il a toujours refusé que l’Algérie soit le jouet des puissances étrangères, prônant systématiquement « des solutions africaines aux problèmes africains ».
Sous son mandat, l’Algérie a consolidé son rôle de pivot au sein de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Il a soutenu sans faille les mouvements de libération et a œuvré pour la stabilisation du Sahel, conscient que la sécurité de l’Algérie était intrinsèquement liée à celle de ses voisins. Sa relation avec les leaders du continent était empreinte d’un respect mutuel, fondé sur une vision commune d’une Afrique forte, décolonisée mentalement et économiquement.
Le grand départ : Une leçon de démocratie unique
L’acte le plus révolutionnaire de Liamine Zéroual restera sans doute son annonce, en septembre 1998, d’écourter son mandat et d’organiser des élections anticipées. Dans un paysage politique africain et arabe où le pouvoir est souvent synonyme de pérennité, ce retrait volontaire a stupéfié le monde.
« Le pouvoir est une charge, pas un privilège », aimait-il rappeler à ses proches.
En quittant la présidence en 1999, il est retourné vivre modestement dans sa ville natale de Batna, refusant les honneurs et les interventions intempestives dans la vie politique, sauf pour appeler à l’unité du peuple lors des grandes crises.
Un héritage pour les générations futures
Le décès de Liamine Zéroual marque la fin d’une époque. Il était le trait d’union entre la génération de la guerre de libération et l’Algérie de demain. Son intégrité, son refus des compromissions et son amour viscéral pour la patrie resteront gravés dans la mémoire collective.
Pour les lecteurs de Révolution Africaine, il demeure le symbole d’une Afrique qui refuse de s’incliner, une Afrique qui privilégie l’honneur national sur les pressions internationales. La Nation algérienne décrète un deuil national, mais au-delà de la tristesse, c’est la gratitude qui domine.
Repose en paix, Mon Général. La patrie reconnaissante ne t’oubliera jamais.





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