Des centaines de manifestants ont envahi les rues de Niamey ce samedi pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une ingérence inacceptable de l’Union européenne dans les affaires intérieures du Niger. En cause : une résolution du Parlement européen exigeant la libération de l’ex-président Mohamed Bazoum, renversé par le coup d’État militaire de juillet 2023. Une mobilisation qui illustre une nouvelle fois la profonde fracture entre les puissances occidentales et les nations de l’Alliance des États du Sahel.
Une mobilisation populaire contre Bruxelles
C’est dans une atmosphère tendue mais déterminée que plusieurs organisations de la société civile nigérienne ont appelé leurs militants à descendre dans les rues de la capitale ce samedi. Brandissant des pancartes hostiles aux institutions européennes, les manifestants ont scandé des slogans réclamant le respect de la souveraineté nationale du Niger. Les organisations non gouvernementales à l’origine du rassemblement ont qualifié la résolution du Parlement européen d' »ingérence caractérisée » dans les affaires d’un État souverain, refusant catégoriquement toute leçon de gouvernance venue de l’extérieur du continent africain.
Selon les informations rapportées par Africanews FR, plusieurs centaines de personnes ont participé à ce mouvement de protestation, témoignant d’une base sociale réelle derrière les positions officielles des autorités de transition nigériennes. Les organisateurs ont insisté sur le fait que la question de Mohamed Bazoum relevait exclusivement de la justice nigérienne et ne regardait en rien les parlementaires européens.
La résolution européenne, un camouflet rejeté en bloc
Le Parlement européen avait adopté une résolution demandant explicitement la remise en liberté de Mohamed Bazoum, ancien président démocratiquement élu avant d’être renversé par les généraux du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) en juillet 2023. Depuis lors, l’ex-chef d’État est maintenu en détention dans des conditions que ses proches et plusieurs organisations internationales de défense des droits humains ont qualifiées d’inhumaines. L’Union européenne, fidèle à sa position depuis le coup de force, continue d’exiger son rétablissement et sa libération immédiate.
Mais pour les manifestants de Niamey et les ONG qui les encadrent, cette résolution constitue avant tout un outil de pression politique illégitime, instrumentalisé par des puissances étrangères cherchant à reprendre pied dans un pays qui a délibérément rompu ses liens avec l’ancienne sphère d’influence occidentale. Les autorités nigériennes de transition ont d’ailleurs expulsé l’ambassadeur français, mis fin aux accords de coopération militaire avec Paris et Washington, et réorienté leurs partenariats stratégiques vers la Russie et d’autres acteurs.
L’AES, front commun contre les pressions extérieures
Cette manifestation s’inscrit dans un contexte régional plus large, marqué par la consolidation de l’Alliance des États du Sahel, regroupant le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Ces trois nations, toutes dirigées par des juntes militaires issues de coups d’État successifs, ont fait de la résistance aux ingérences étrangères leur principal credo politique et diplomatique. Elles ont conjointement quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) début 2024, contestant la légitimité de cette organisation qu’elles accusent d’être instrumentalisée par des intérêts extérieurs au continent.
La mobilisation de la société civile nigérienne vient donc conforter le narratif des autorités de transition, qui cherchent à démontrer que leur rejet des injonctions occidentales bénéficie d’un soutien populaire authentique. Si une partie de l’opinion internationale remet en question la spontanéité de telles manifestations dans des contextes politiques où l’espace civique demeure étroitement contrôlé, les images de Niamey témoignent néanmoins d’un sentiment anti-occidental réel et profond au sein d’une frange significative de la population sahélienne.
Un bras de fer aux implications continentales
Au-delà du seul cas nigérien, ce bras de fer entre l’Union européenne et les États de l’AES cristallise des tensions qui traversent l’ensemble du continent africain. De nombreuses voix, bien au-delà du Sahel, dénoncent ce qu’elles perçoivent comme une forme de néocolonialisme institutionnel, où les organisations occidentales s’arrogeraient le droit de juger et de conditionner la gouvernance des États africains. La question de la souveraineté, du droit à l’autodétermination et du respect des spécificités politiques de chaque nation est ainsi remontée au coeur du débat panafricain.
Alors que la situation de Mohamed Bazoum demeure au point mort et que les relations entre Niamey et Bruxelles continuent de se dégrader, la rue nigérienne a choisi ce samedi de faire entendre une voix qui risque de résonner bien au-delà des frontières du Sahel, posant avec une acuité renouvelée la question de la place de l’Afrique dans un ordre mondial en pleine recomposition.





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