Rapprochement Trump-AES : Washington relance le dialogue avec les juntes sahéliennes

Alors que les relations entre les États-Unis et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) s’étaient considérablement détériorées sous l’administration Biden, Washington opère un virage stratégique notable. Donald Trump renoue avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois nations gouvernées par des juntes militaires qui ont tourné le dos à l’influence occidentale pour se rapprocher de la Russie et du groupe Wagner.

Selon des informations relayées par Jeune Afrique, les États-Unis ont officiellement relancé le dialogue avec ces trois pays membres de l’AES. Au cœur de ces discussions figurent en priorité la relance de la coopération sécuritaire, un domaine dans lequel Washington avait pourtant suspendu une grande partie de ses engagements après les coups d’État successifs qui ont secoué la région entre 2021 et 2023. Ce retournement diplomatique interpelle autant qu’il interroge sur les véritables motivations américaines dans une région sahélienne en pleine recomposition géopolitique.

La logique trumpienne semble obéir à un pragmatisme assumé. Face à la montée en puissance de la Russie au Sahel — illustrée par la présence de forces du Corps Africain, successeur de Wagner, au Mali et au Burkina Faso — Washington chercherait à ne pas se laisser définitivement exclure d’une zone stratégique riche en ressources naturelles et traversée par des flux migratoires majeurs vers l’Europe. Le Niger, qui abrite encore une base américaine de drones à Agadez malgré les tensions passées, représente un maillon particulièrement sensible de ce dispositif.

Ce rapprochement intervient dans un contexte panafricain plus large de remise en question des partenariats traditionnels. Depuis plusieurs années, de nombreux États africains, notamment en Afrique de l’Ouest et centrale, réclament des relations plus équilibrées avec les puissances extérieures, dénonçant ce qu’ils perçoivent comme une ingérence occidentale dans leurs affaires internes. Les juntes de l’AES ont su capitaliser sur ce sentiment antifrançais et, dans une moindre mesure, anti-occidental, pour légitimer leur rapprochement avec Moscou et Pékin.

La question qui se pose désormais est celle des conditions de ce réengagement américain. Acceptera-t-on à Bamako, Ouagadougou et Niamey de rouvrir la porte à Washington sans exiger des garanties de non-ingérence ? Les dirigeants de l’AES, qui ont bâti une partie de leur légitimité populaire sur le rejet de la tutelle occidentale, devront naviguer avec prudence pour ne pas apparaître comme des partenaires dociles après avoir bruyamment affiché leur souveraineté.

Du côté américain, cette démarche soulève également des contradictions internes : comment concilier le dialogue avec des régimes militaires non élus et le discours traditionnel de Washington sur la démocratie et les droits de l’homme ? La réponse à cette question conditionnera la durabilité et la profondeur d’un rapprochement dont les contours restent encore flous, mais dont les implications pour l’équilibre des forces au Sahel pourraient s’avérer déterminantes dans les mois à venir.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
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