En République Démocratique du Congo, le deuxième vice-président du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, a été contraint de remettre sa démission après avoir publiquement émis des doutes sur l’opportunité d’une révision constitutionnelle soutenue par le camp présidentiel. Une chute aussi rapide que spectaculaire, qui illustre les tensions croissantes au sein de la coalition au pouvoir.
Tout s’est joué en quelques jours. Selon des informations rapportées par Jeune Afrique, c’est peu après avoir exprimé ses réserves sur la révision de la Constitution — un projet cher au président Félix Tshisekedi et à son entourage — que Bahati Lukwebo s’est retrouvé dans la ligne de mire de ses propres alliés. Une pétition visant à le destituer de ses fonctions a rapidement circulé au sein du Sénat, réunissant des signatures en nombre suffisant pour menacer sérieusement son maintien en poste.
Face à cette offensive coordonnée, l’ancien président du Sénat et figure importante de l’Union sacrée de la nation — la coalition soutenant Félix Tshisekedi — a choisi de prendre les devants. Plutôt que de subir l’humiliation d’une destitution formelle, il a préféré démissionner de son poste de deuxième vice-président, espérant ainsi limiter les dégâts politiques et préserver une partie de son influence au sein de la majorité présidentielle.
Cette affaire met en lumière le fonctionnement interne d’une coalition hétéroclite, où la discipline politique semble primer sur le débat démocratique. Le simple fait d’interroger publiquement la pertinence d’une révision constitutionnelle a suffi à déclencher une réaction punitive fulgurante. Dans de nombreux pays africains, la question de la révision constitutionnelle constitue un sujet hautement sensible, souvent associé à des tentatives de prolongation de mandat ou de consolidation du pouvoir exécutif, ce qui explique l’attention particulière qu’elle suscite tant dans les sphères politiques que dans l’opinion publique.
Pour Bahati Lukwebo, dont le parti, l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC-A), constitue l’un des piliers de l’Union sacrée, la question qui se pose désormais est celle de sa survie politique au sein même de la coalition. Sa démission du perchoir sénatorial ne signifie pas nécessairement son exclusion de la majorité, mais elle fragilise considérablement sa position de négociateur et d’interlocuteur incontournable qu’il s’était construit au fil des années.
Cet épisode révèle également les fractures silencieuses qui traversent l’Union sacrée à l’approche d’échéances politiques importantes. Les divergences sur la question constitutionnelle pourraient n’être que la partie visible d’un iceberg de tensions plus profondes, liées aux ambitions personnelles, aux redistribution des postes et à la définition du cap politique du pays pour les années à venir.
La trajectoire de Modeste Bahati Lukwebo sera désormais un indicateur précieux de la capacité — ou de l’incapacité — de l’Union sacrée à gérer en son sein les voix dissidentes sans fracture irréversible.





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