Washington courtise les juntes du Sahel : les États-Unis relancent leur coopération avec le Niger après le Mali et le Burkina Faso

Le vent tourne à Washington. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis adoptent une posture radicalement différente vis-à-vis des régimes militaires du Sahel, cherchant à renouer des liens là où l’administration Biden avait choisi la mise à distance. Après le Mali et le Burkina Faso, c’est désormais le Niger qui se trouve dans le viseur diplomatique américain.

Selon des informations rapportées par Jeune Afrique, Washington entend relancer sa coopération avec Niamey, gouvernée depuis juillet 2023 par le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) du général Abdourahamane Tiani. Ce rapprochement s’inscrit dans une logique plus large : celle d’une administration Trump pragmatique, peu soucieuse des questions de gouvernance démocratique, et davantage préoccupée par la compétition stratégique avec la Russie et la Chine sur le continent africain.

Ce pivot américain intervient dans un contexte sahélien profondément recomposé. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) depuis septembre 2023, ont collectivement tourné le dos aux partenaires occidentaux traditionnels, expulsé les forces françaises et européennes de leurs territoires, et ouvert grandes leurs portes à la Russie, notamment à travers le déploiement des paramilitaires du groupe Africa Corps, anciennement Wagner. C’est précisément cette dynamique qui semble alarmer Washington, prompt à ne pas laisser le terrain libre à Moscou.

La démarche américaine traduit une rupture méthodologique nette avec l’époque Biden, durant laquelle les juntes sahéliennes avaient été sanctionnées ou isolées diplomatiquement au nom des principes démocratiques. Trump, lui, privilégie le réalisme géopolitique. En engageant le dialogue avec Bamako et Ouagadougou en premier lieu, puis en tendant la main à Niamey, les États-Unis semblent vouloir préserver — ou reconquérir — une influence minimale dans une région stratégique, riche en uranium, en ressources naturelles et traversée par des flux migratoires qui préoccupent les capitales occidentales.

Pour les autorités nigériennes, ce retournement américain constitue une carte diplomatique supplémentaire. Niamey, qui avait demandé le départ des soldats américains présents sur son sol au printemps 2024, se retrouve aujourd’hui en position de négocier depuis un rapport de force renouvelé. La question des conditions et du périmètre de cette éventuelle coopération — sécuritaire, économique ou institutionnelle — reste entière et fera l’objet d’âpres discussions.

Sur le plan panafricain, ce réengagement américain suscite des lectures contrastées. Pour certains analystes, il confirme que les juntes souverainistes ont réussi leur pari : forcer les grandes puissances à les reconnaître comme des interlocuteurs incontournables, sans sacrifier leur indépendance de façade. Pour d’autres, il illustre la vulnérabilité structurelle de ces régimes, qui demeurent tributaires des soutiens extérieurs pour asseoir leur légitimité et financer leurs ambitions sécuritaires.

Alors que l’AES tente de construire une architecture d’intégration régionale autonome, la séduction américaine à l’égard de ses membres fondateurs pourrait constituer le premier test sérieux de la solidité — et des limites — de ce bloc sahélien autoproclamé souverain.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
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