La Russie en passe d’obtenir sa première base navale africaine au Soudan

C’est un tournant majeur dans la géopolitique africaine qui se dessine sur les rives de la Mer Rouge. Poussé par les urgences d’une guerre civile dévastatrice, le gouvernement soudanais (SAF) semble sur le point de finaliser un accord historique permettant à Moscou d’établir sa première base navale sur le continent. Un « mariage de raison » qui bouscule les équilibres dans la Corne de l’Afrique.

Le pragmatisme de survie de Port-Soudan

Le projet n’est pas nouveau, il date de l’ère Omar el-Béchir, mais il dormait dans les tiroirs depuis 2019, gelé par les pressions occidentales et l’instabilité politique à Khartoum. Aujourd’hui, la donne a radicalement changé.

Le gouvernement de facto du Soudan, dirigé par l’armée régulière (SAF) du général Abdel Fattah al-Burhan, est engagé dans une lutte existentielle contre les Forces de soutien rapide (FSR). Isolé diplomatiquement et ayant un besoin critique d’armement lourd pour inverser le cours de la guerre, Port-Soudan (siège temporaire du gouvernement) se tourne vers ceux prêts à fournir une aide immédiate.

Selon plusieurs sources concordantes et des déclarations récentes d’officiels soudanais, le marché est clair : un accès logistique et naval stratégique pour la Russie en échange d’un soutien militaire « sans conditions politiques », notamment des munitions et des équipements de défense antiaérienne.

Moscou s’offre une fenêtre sur une artère mondiale

Pour le Kremlin, cet accord est une victoire stratégique inespérée. Une base navale sur la côte soudanaise, probablement près de Port-Soudan, offrirait à la Russie :

  1. Un contrôle sur la Mer Rouge : C’est l’une des routes maritimes les plus fréquentées au monde, cruciale pour le commerce entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique, et point de passage des hydrocarbures.
  2. Une projection de puissance : Après avoir solidifié sa présence dans le Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) via l’ex-groupe Wagner (désormais « Africa Corps »), Moscou cherche à établir une tête de pont maritime. Cela permettrait à sa marine de ravitailler ses navires et de projeter sa puissance dans l’Océan Indien sans dépendre de ports trop éloignés.
  3. Un contrepoids à l’Occident : Dans la Corne de l’Afrique, où les États-Unis, la Chine, la France et d’autres disposent déjà de bases (notamment à Djibouti), l’arrivée de la Russie rebat les cartes du « Grand Jeu » des puissances étrangères sur le sol africain.

Un signal fort pour le reste de l’Afrique

Vu sous un angle panafricain, ce développement confirme une tendance lourde : la diversification assumée des partenariats sécuritaires par les États africains. Face à des partenaires occidentaux souvent jugés trop lents, trop conditionnels ou moralisateurs, la Russie se positionne comme une alternative « pragmatique ».

Cependant, l’installation d’une base militaire étrangère n’est jamais anodine pour la souveraineté d’une nation. Pour le Soudan, c’est un pari risqué qui pourrait internationaliser davantage un conflit déjà complexe, attirant l’hostilité des rivaux de la Russie.

Si l’accord se concrétise, la Mer Rouge deviendra plus que jamais l’un des théâtres les plus militarisés au monde, avec l’Afrique comme épicentre d’une nouvelle rivalité globale.

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El Djezairi Bilal est journaliste et analyste politique, passionné par les luttes d'émancipation et l'histoire contemporaine du continent africain. Héritier d'une tradition éditoriale fondée dans le souffle de l'indépendance algérienne, il a ressuscité Révolution Africaine — titre historique né au lendemain de 1962 et disparu depuis — pour en faire un média numérique d'actualité panafricaine. À travers ce projet de mémoire et de continuité, il ambitionne d'offrir une information rigoureuse et engagée sur les mutations politiques, sociales et géopolitiques qui traversent l'Afrique d'aujourd'hui. Fidèle à l'esprit combatif du titre originel, il défend une presse africaine indépendante, ancrée dans les réalités du continent et accessible à tous.
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